Origine du nom Arnefaux
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Arnefaux, le nom que la terre du Bourbonnais a gardé
On lit souvent que Arnefaux serait « introuvable ». C'est l'inverse : ce nom très rare est d'un enracinement remarquable. Il est attesté dès la fin du XVIe siècle dans un même petit pays de l'Allier, il y est resté près de trois siècles, et la terre elle-même en porte encore la marque. Le référentiel national des lieux-dits, qui recense les voies et les lieux-dits de toutes les communes de France, ne connaît de lieux-dits à son nom que sur un seul petit territoire : au centre même de son berceau.
Pour le retrouver, il faut simplement savoir sous quelles formes le chercher. Voici ce que les registres, les recensements et les fichiers publics établissent, et la question qu'ils laissent ouverte.
Un seul nom, quatre écritures
Avant que l'orthographe des noms ne se fige, à la fin du XIXe siècle, les curés écrivaient ce qu'ils entendaient. La finale du nom se prononçait « o », et elle a été notée de quatre manières différentes. Les registres de l'Ancien Régime écrivent d'abord Arnefot, puis Arnefaud ; la forme en -x, aujourd'hui dominante, ne s'impose qu'au XIXe siècle. Avant 1800, elle est même minoritaire. Les relevés des registres paroissiaux montrent un même homme inscrit sous deux formes, et une même famille où le père, le fils et le petit-fils portent trois graphies distinctes.
La conséquence est très concrète : qui cherche des ancêtres Arnefaux sous cette seule écriture perd la plus grande partie des actes anciens. C'est d'ailleurs ce qui explique la réputation d'« introuvable » du nom.
Son sens, lui, n'est pas établi. Aucun dictionnaire de noms de famille ne lui consacre d'entrée, ce qui est normal pour un nom de cette taille. La ressemblance avec Arnaud, nom germanique répandu dans toute la France, est trompeuse : rien n'explique le -f- intérieur, les deux noms n'ont ni la même géographie ni la même histoire écrite, et aucune source ne les relie. Le premier élément, Arnef-, reste une énigme que le Grand Rapport ne résout pas par une étymologie de fantaisie.
Le pays de Lapalisse, entre la Besbre et la Montagne bourbonnaise
Le berceau est un petit pays de l'est de l'Allier, autour de Lapalisse, entre la vallée de la Besbre et les premiers reliefs boisés de la Montagne bourbonnaise : un bocage de métairies et de petits domaines. Grâce aux registres d'une paroisse voisine de Lapalisse, qui commencent en 1597, le nom y est relevé dès les dernières années du XVIe siècle. Jusqu'à la Révolution, ses mentions connues tiennent toutes, à une exception près, dans un cercle d'une trentaine de kilomètres.
Les porteurs sont alors laboureurs, c'est-à-dire des paysans qui tiennent un attelage, un rang au-dessus du journalier, ou vignerons. Au XIXe siècle viennent les métayers : l'Allier est le pays du métayage par excellence, et les familles changent souvent de domaine. Le nom se déplace ainsi de proche en proche, d'un village voisin à l'autre, sans quitter son horizon. Aucun armorial ne le connaît.
Des lieux-dits « les Arnefauds » : qui a nommé l'autre ?
C'est la pièce la plus forte de l'enquête. Le référentiel des lieux-dits de la Direction générale des finances publiques, près de huit millions de lignes, a été balayé intégralement sous les quatre formes du nom. Il donne cinq lieux-dits, tous dans l'Allier, tous écrits « Arnefauds », répartis entre deux communes limitrophes de ce petit pays, dont un bois. Aucune autre commune de France n'en porte. Le Dictionnaire des noms de lieux habités du département de l'Allier, publié en 1881, connaissait déjà un hameau « Arnefaux (les) », et un ouvrage d'histoire seigneuriale de 1896 signale un « ruisseau des Arnefaux », près duquel la carte d'état-major marque une motte féodale.
Reste la question décisive : la famille a-t-elle pris le nom d'un lieu, ou le lieu celui de la famille qui l'habitait ? Les porteurs sont attestés près de trois siècles avant la première mention imprimée du lieu-dit, mais cela ne tranche rien : un lieu peut exister longtemps avant d'être imprimé. Le Grand Rapport pèse les indices et désigne les archives qui permettraient de dater le lieu-dit plus haut.
Un sous-lieutenant né à Bourges, blessé sur la route de Moscou
Un seul porteur ancien a été trouvé hors du Bourbonnais, et sa vie est connue par une source de premier ordre. Jean-Baptiste Arnefaut naît à Bourges le 29 juillet 1777. Soldat de la Révolution et de l'Empire, il sert au 21e régiment d'infanterie de ligne, où il passe de sergent à sous-lieutenant. Le 19 août 1812, pendant la marche sur Moscou, il est blessé au combat de Valoutina-Gora. Membre de la Légion d'honneur, il termine sa carrière lieutenant, après vingt-sept ans de services.
Sa fiche de l'Hôtel des Invalides dit le prix de cette carrière : « coup de feu à la main droite et à la tête », les jambes paralysées. Admis à l'Hôtel le 15 juin 1840, il y meurt le 4 février 1844. Bourges est à une centaine de kilomètres du berceau, et aucun document ne dit encore si sa famille en venait. C'est l'une des questions que les registres permettront de trancher.
Quatre-vingt-seize naissances en un siècle, et une seconde patrie dans l'Aube
Le fichier des noms de famille de l'INSEE ne publie que les noms ayant compté au moins trente naissances en France entre 1891 et 2000. Arnefaux le franchit, avec 96 naissances sur la période ; ses trois autres graphies restent sous le seuil. Le fichier des personnes décédées enregistre de son côté 39 actes Arnefaux et 10 actes Arnefaud depuis 1970. Ces mesures ne s'additionnent pas, mais elles disent toutes la même chose : un nom rare, porté par quelques familles.
Ces actes réservent une surprise. Près de la moitié des Arnefaux décédés depuis 1970 sont nés non dans l'Allier, mais à Troyes. C'est une branche, apparue au XIXe siècle et concentrée dans une seule ville, non un berceau. Entre-temps, le nom a quitté la charrue pour l'aiguille et pour le rail : tailleurs d'habits jusqu'à Vichy et Chambéry, employés du chemin de fer, institutrices.
Ce que le Grand Rapport Arnefaux met au jour
- Le nom de la paroisse voisine de Lapalisse où le nom apparaît, et l'homme né vers la fin du XVIe siècle qui en est le plus ancien porteur relevé, avec la cote des registres où l'on suit sa famille.
- Les quatre graphies, la date et le lieu de la première mention de chacune, la famille où trois générations portent trois écritures, et les deux formes accidentelles que le chercheur rencontrera.
- Les cinq lieux-dits commune par commune, les deux indices qui orientent la réponse à la question du lieu et de la famille, et les deux fonds qui permettraient de la trancher.
- Le parcours de la branche champenoise, étape par étape de 1861 à 1922, et le prénom typiquement bourbonnais qui la relierait au berceau.
- Le fils de bourgeois devenu seigneur d'une petite terre au XVIIe siècle, le dossier d'une victime du coup d'État de 1851, la réclame d'un tailleur de Vichy en 1922 et le maire d'une petite cité clunisienne.
- Les six morts pour la France du nom, de l'Artois en 1915 jusqu'à l'Autriche en 1944, et la liste complète des actes de décès Arnefaux et Arnefaud.
Un nom sans étymologie connue, mais avec un territoire, des lieux-dits et quatre siècles d'archives : Arnefaux n'a rien d'un fantôme. Le Grand Rapport le suit d'une paroisse à l'autre, forme par forme, sans jamais additionner ce qui ne s'additionne pas.
Sources
- Fichier des personnes décédées, INSEE (décès enregistrés depuis 1970) ; fichier des noms de famille, INSEE (naissances en France de 1891 à 2000) ; fichier des prénoms par département, INSEE.
- Fichier des entités topographiques (voies et lieux-dits), Direction générale des finances publiques.
- Listes nominatives de recensement 1836-1936 et registres matricules indexés sur FranceArchives.
- Archives départementales de l'Allier, registres paroissiaux numérisés, connus par les relevés publiés de généalogistes et la revue Allier Généalogie.
- Base des pensionnaires de l'Hôtel des Invalides ; base Léonore, Archives nationales ; Liste unique des décorés, Grande Chancellerie de la Légion d'honneur ; bases nominatives Mémoire des Hommes, ministère des Armées.
- Gallica, Bibliothèque nationale de France : Dictionnaire des noms de lieux habités du département de l'Allier, Moulins, 1881 ; Les fiefs du Bourbonnais : Lapalisse, 1896 ; Tableaux, par corps et par batailles, des officiers tués et blessés pendant les guerres de l'Empire, 1899.
- Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier et social (Maitron).