Origine du nom Bahamon
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Bahamon, le nom galicien qui a perdu une syllabe en traversant l'Atlantique
On le croit colombien, et il l'est devenu. Mais Bahamon est d'abord le nom d'un village de Galice, à l'extrême nord-ouest de l'Espagne : Baamonde, dans la province de Lugo. Entre le village et les vallées chaudes du Huila, où le nom est aujourd'hui chez lui, il y a un océan et une syllabe tombée en route. En castillan, le nom s'écrit Bahamonde. En Amérique, il est devenu Bahamon, ou Bahamón : le « -de » final a disparu.
Ce nom se laisse suivre d'une archive à l'autre : histoire locale de la Galice, correspondance des gouverneurs coloniaux, listes de passagers vers les Indes, généalogies publiées des familles de Neiva. Voici ce que ces sources établissent, et la question qu'elles laissent ouverte.
Baamonde, un village de la province de Lugo
Bahamon est un nom de lieu. Comme beaucoup de patronymes de la péninsule, il désignait d'abord la personne par son village d'origine : celui qui venait de Baamonde. Le toponyme existe sous sa forme galicienne, Baamonde, et sous sa forme castillane, Bahamonde. Le sens du nom de lieu, en revanche, reste discuté : les pistes avancées, une racine ancienne liée à l'eau ou au passage d'une rivière, ou un terme latin décrivant la position d'une vallée, ne sont pas démontrées. Le paysage d'origine, lui, est clair : des montagnes vertes et des rivières, tout le contraire des vallées tropicales et sèches du Huila où le nom allait prospérer.
Les sources réunies pour ce dossier désignent un berceau galicien et une origine strictement toponymique. Elles ne donnent aucun appui aux trois autres explications qui circulent en ligne : une origine catalane, un lien avec un cacique taïno de Porto Rico, ou un prénom germanique qui signifierait « combat-protection ».
Le « -de » perdu : comment Bahamonde devient Bahamon
La chute de la dernière syllabe est un phénomène bien connu des noms espagnols transplantés en Amérique : une apocope. Au fil des générations, par simplification dans les registres paroissiaux ou dans la langue parlée, Bahamonde s'est raccourci en Bahamon. La graphie Bahamón, accentuée sur sa dernière syllabe, conserve pour sa part la prononciation espagnole.
Ce raccourcissement n'a rien d'exceptionnel : c'est l'un des mécanismes les plus courants de l'adaptation des noms castillans et galiciens dans les terres tropicales. Mais il signe le passage de l'océan : Bahamon est la forme américaine de Bahamonde.
En Espagne, le nom de Baamonde est associé à des lignages d'hidalgos, cette petite noblesse dont les cadets, exclus de l'héritage par le droit d'aînesse, allaient chercher fortune aux Indes dans l'administration, l'armée ou l'Église. Rien, cependant, ne relie par un acte les Bahamon d'Amérique à l'un de ces lignages.
Un nom sur les listes des Indes, un autre au gouvernement de Carthagène
Les archives de la colonisation font apparaître le nom très tôt. Les études consacrées aux Castillans et aux Léonais partis pour les Indes relèvent un Antonio Bahamonde, natif de Ponferrada, dans le royaume de León, voisin de la Galice, inscrit sur une liste de passagers. Au XVIe siècle, la correspondance des gouverneurs de Carthagène des Indes, le grand port caraïbe du Nouveau Royaume de Grenade, mentionne un Bahamonde de Lugo, administrateur royal et gouverneur de la province.
Rien ne permet d'affirmer que ces hommes ont laissé une descendance dans l'intérieur du pays, et d'autres porteurs du nom ont pu gagner des régions très éloignées de l'empire, du Pérou au Nouveau-Mexique. La concentration du nom suggère plutôt une lignée installée dans la haute vallée du Magdalena au XVIIIe siècle, sans que l'on sache encore d'où elle venait exactement. Le fleuve Magdalena, grande voie de la colonisation de la Nouvelle-Grenade, reliait la côte caraïbe aux terres de l'intérieur : c'est par lui que le nom a pu remonter vers le sud.
Neiva, la haute vallée du Magdalena et le « Tolima Grande »
C'est dans le Huila, et d'abord autour de Neiva, sa capitale, fondée définitivement en 1612, que le nom s'est enraciné. Le Huila et le Tolima formaient alors une seule grande région, le « Tolima Grande », qui ne fut scindée qu'en 1905 : les familles circulaient le long du fleuve Magdalena, de Neiva vers le nord, sans les frontières départementales d'aujourd'hui.
Au XIXe siècle, les généalogies publiées des familles de Neiva montrent les Bahamón alliés à plusieurs grandes maisons de la région, au premier rang desquelles les Salas, les Medina et les Rivera. Propriétaires terriens, hacendados, ils forment avec ces alliés ce que l'on appelle la souche « opita », du nom donné aux gens du Huila et du Tolima, marquée par des mariages répétés entre familles voisines et par un attachement durable à la terre. Les Salas comptent des membres exécutés pour la cause de l'indépendance. Le nom appartient ainsi, par ses alliances, au monde des familles qui ont fait la jeune république colombienne.
D'un village galicien au Huila : qui a fait la traversée ?
Le point de départ est connu, le point d'arrivée aussi. Ce qui manque, c'est le passeur. Le nom est-il arrivé avec un fonctionnaire du XVIe siècle, avec un émigrant venu de León, ou avec une famille plus tardive dont aucune liste n'a gardé la trace ? Et à quel moment la syllabe finale est-elle tombée des registres ? C'est l'énigme centrale du nom.
Ce que le dossier Bahamon permet de retrouver
- Les figures ecclésiastiques et civiles que l'histoire de Baamonde associe au nom en Galice.
- Le gouverneur Bahamonde de Lugo, et ce que dit de lui la correspondance des gouverneurs de Carthagène.
- L'émigrant de Ponferrada et l'étude où figure son inscription au départ pour les Indes.
- Le réseau d'alliances des Bahamón de Neiva au XIXe siècle, et la María del Rosario Bahamón par qui passe le lien avec les Salas.
- Les registres paroissiaux et les fonds notariaux du Huila et du Tolima où chercher le premier Bahamon de la vallée du Magdalena.
Un village de Galice, une syllabe perdue, un fleuve à remonter : Bahamon porte dans sa forme même la trace de la traversée. Le dossier suit cette trace d'une archive à l'autre, sans prêter au nom des ancêtres qu'aucun acte ne lui donne.
Sources
- Histoire de Baamonde (province de Lugo, Galice), monographie locale.
- « Cartas de gobernadores », revue Ad Fontes, Universidad de Cartagena (correspondance des gouverneurs de Carthagène, 1571-1586).
- Los castellanos y leoneses en la empresa de las Indias (listes de passagers).
- Généalogies publiées des familles Medina et Salas de Neiva ; fascicules d'histoire régionale du Diario del Huila.
- FamilySearch, registres paroissiaux microfilmés de Colombie.