Origine du nom Blaese
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Blaese, un nom de souffleurs allemands devenu brésilien
Un nom de famille allemand qui compte aujourd'hui presque deux fois plus de porteurs au Brésil qu'en Allemagne : c'est le cas de Blaese. Le site de statistiques onomastiques Forebears estime à 294 le nombre de personnes qui le portent dans le monde. Il le classe au 906 170e rang mondial et en situe 109 au Brésil, 97 aux États-Unis, 60 seulement en Allemagne et 21 en France, surtout en Alsace-Moselle selon l'étude. Le Brésil et les États-Unis réunissent à eux seuls sept porteurs sur dix, à des milliers de kilomètres des pays de langue allemande où le nom est né.
Ce petit nom rare a pourtant un sens limpide, et il est sonore au sens propre : il désigne celui qui souffle dans un instrument. Voici ce que l'étude établit, ce qu'elle laisse en suspens, et ce qu'il faut écarter.
Le blasaere, celui qui souffle dans la trompette
La piste principale est germanique. Blaese se rattache au moyen haut-allemand blasaere, littéralement « celui qui souffle », « le souffleur ». C'est un nom de métier : au Moyen Âge et à la Renaissance, le mot désigne le musicien qui joue d'un instrument à vent, et tout particulièrement le trompettiste attaché à une cour ou à une ville.
Ces sonneurs n'étaient pas de simples amuseurs. Dans les villes et les cours, la trompette annonçait, rassemblait, signalait : le souffleur tenait souvent une fonction publique, proche de celle du héraut. Le surnom d'un homme reconnu pour ce rôle a pu se transmettre à ses descendants et devenir leur nom.
Les formes voisines relevées par l'étude, Blaes, Blaeser, Blaesing, montrent un nom longtemps instable avant de se fixer.
Une seconde piste, slave, et un saint qui brouille les registres
L'étymologie du souffleur n'est pas la seule. Une hypothèse relevée dans les notices onomastiques fait de Blaese, dans certaines régions de l'est de l'Allemagne, une forme germanisée d'un ancien nom de personne d'origine slave, Blisemer. Si elle se vérifiait, les Blaese ne formeraient pas un seul bloc : deux foyers distincts auraient pu converger vers la même forme écrite, l'un par le métier, l'autre par un prénom.
Un troisième nom vient compliquer les recherches. Le latin Blasius, le prénom de saint Blaise, a donné en terre germanique et flamande des formes très proches, comme Blaes. Dans les registres francophones, en Alsace notamment, Blaese peut ainsi devenir Blaise sous la plume d'un curé ou d'un officier d'état civil. Pour qui cherche ses ancêtres, la vigilance sur ces graphies voisines est indispensable : un Blaise d'un acte peut être le Blaese de l'acte suivant.
Bruxelles, 1834 : le premier prix de clarinette d'Arnold-Joseph Blaes
Le nom ne prouve pas le métier, mais il arrive qu'il le rejoigne. Depuis son foyer germanique, le nom a gagné le sud de l'Allemagne et les Pays-Bas, où il prend volontiers la forme Blaes sous l'influence des parlers flamands et néerlandais. C'est sous cette forme qu'il entre dans l'histoire de la musique. L'étude retient la figure d'Arnold-Joseph Blaes, porteur de la forme Blaes, né à Bruxelles en 1814. Élève du clarinettiste Bachmann au Conservatoire de Bruxelles, il y obtient le premier prix de clarinette en 1834. Il devient soliste de la musique du roi des Belges et professeur au Conservatoire, puis part en tournée en Hollande, en Allemagne et en Russie.
En 1839, à Paris, la Société des concerts lui décerne une médaille, une consécration rare pour un instrumentiste à vent. Il épouse la soprano Élisa Meerti, avec qui il se produit en concert. Un souffleur, au sens le plus noble du terme, dont le nom semble répéter la vocation. Aucun lien de parenté n'est établi entre lui et les familles Blaese d'Allemagne ou des Amériques : il illustre une forme voisine du nom, non une filiation.
Pourquoi le Brésil compte-t-il plus de Blaese que l'Allemagne ?
C'est la question centrale. Au XIXe siècle, les pressions économiques et politiques poussent une partie des familles de langue allemande vers les Amériques. Les Blaese prennent deux routes. L'une mène aux États-Unis, en Pennsylvanie et dans l'Illinois, où le recensement de 1880 montre surtout des foyers de fermiers ; en 1940, leurs fils et petits-fils apparaissent plutôt dans l'enseignement ou la vente. L'autre mène au sud du Brésil, dans l'État de Santa Catarina, terre de colonisation allemande autour de Blumenau et de Joinville, où l'étude les montre mêlés à la vie municipale et au commerce de navigation. En traversant l'Atlantique, des familles de travailleurs européens sont devenues là-bas des colons propriétaires de leur terre.
Le résultat est spectaculaire : là où le nom s'est raréfié en Europe, il s'est maintenu, voire multiplié, outre-Atlantique. Reste à établir, acte par acte, d'où sont partis les premiers Blaese du Brésil, et s'ils viennent du même foyer que ceux de Pennsylvanie. C'est la question que posent ces chiffres : un seul départ, ou plusieurs familles sans lien qui portaient, par hasard, le même nom de souffleur ?
Ce que l'étude Blaese permet d'approfondir
- Deux des plus anciennes mentions du nom relevées dans les bases généalogiques, deux mariages du XVIIe siècle, et les familles alliées qu'elles font apparaître.
- Le premier Blaese repéré en Pennsylvanie dans la première moitié du XIXe siècle, point de départ de la branche américaine.
- Les sources brésiliennes à interroger, index d'immigrants et cahiers d'histoire de Santa Catarina, sur la présence des Blaese dans la vallée de l'Itajaí.
- Les porteurs du nom mobilisés en 1914-1918 dans les deux camps, armée française et armée allemande, et ce que les registres militaires en gardent.
- Les variantes à suivre dans les registres, de Blaes à Blaesing, et les pièges de la confusion avec Blaise.
Un souffle de trompette médiéval, un prénom slave peut-être, une traversée vers Santa Catarina : Blaese tient en peu de lettres une histoire à deux continents. L'étude en pose les jalons ; plusieurs restent à confirmer acte par acte, dans les registres paroissiaux allemands comme dans les archives de Santa Catarina.
Sources
- Forebears, estimation du nombre de porteurs et répartition par pays.
- FamilySearch, notices de noms de famille Blaese et Blaes.
- Ancestry, notice du nom Blaser (étymologie du moyen haut-allemand).
- Geneanet (arbres et relevés).
- Notice Arnold-Joseph Blaes, Wikipédia.
- Blumenau em Cadernos, Hemeroteca Digital Catarinense ; Índice onomástico de imigrantes, Arquivo Público do Estado de Santa Catarina.