Origine du nom Decléty
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Sommaire · 6 parties
Decléty, le nom d'un village d'Artois que la famille a quitté
Le nom Decléty annonce d'où l'on vient : « de Cléty », un village du plateau d'Artois, à une douzaine de kilomètres au sud-ouest de Saint-Omer. Les arbres généalogiques racontent pourtant l'inverse d'un enracinement. Ceux que publie Geneanet ne relèvent qu'environ 34 porteurs du nom à Cléty même, au fil des siècles, quand une seule commune papetière de la vallée de l'Aa, à quelques kilomètres en aval, en rassemble près de 1 800. Le village a donné le nom ; c'est la rivière qui a gardé la famille.
Le nom est d'une rareté extrême. Le fichier des noms de famille de l'INSEE compte 137 naissances Decléty en France entre 1891 et 2000, réparties sur deux départements seulement. Les statistiques mondiales de Forebears (2014) recensent 29 porteurs sous la graphie accentuée et 115 sous la forme Declety, dont 96 % en France. Un nom aussi resserré se laisse suivre d'archive en archive : chartes d'abbaye, registres de bourgeoisie, presse locale, Journal officiel.
Kilciacum, 857 : le domaine d'un homme nommé Celtus
Cléty entre dans l'écrit en 857, dans le cartulaire de l'abbaye de Saint-Bertin, sous la forme latine Kilciacum. Dix ans plus tard, une autre charte de la même abbaye écrit Kiltiacum. Suivent des formes picardes ou flamandes comme Kelti, puis Cliti et Clity au XIVe siècle. Le Dictionnaire topographique du département du Pas-de-Calais, publié par l'Imprimerie nationale en 1907, en donne la clé : un radical Celt-, tiré du nom de personne gallo-romain Celtius ou Celtus (« le Celte »), suivi du suffixe -iacum, « le domaine de ».
Derrière le patronyme se tient donc un propriétaire de la fin de l'Antiquité, maître d'un domaine agricole sur le plateau d'Artois. Le nom de son domaine, transmis sans rupture à travers le haut Moyen Âge puis fixé dans les chartes carolingiennes, a fini par désigner une famille.
Une particule qui indique une route, pas un rang
Dans Decléty, le « De » ne dit rien d'un titre. Il dit une provenance : « celui qui vient de Cléty ». Ce type de nom formé sur un lieu d'origine est particulièrement dense en Artois et en Flandre, où les rôles d'impôts et de rentes du bailliage de Saint-Omer alignent les Dehesdin, les Decoupigny et les Dartois. Les actes des XVe et XVIe siècles écrivent encore le nom en deux mots, de Clety ; la soudure en un seul mot s'impose ensuite à l'époque moderne, accélérée par l'état civil de la Révolution, avec ou sans accent selon la plume de l'officier.
La scène fondatrice se joue en ville. À la fin du XVe siècle, un homme « natif de Cléty » est reçu bourgeois de Saint-Omer. Les magistrats audomarois devaient distinguer chaque nouveau bourgeois de ses homonymes : on l'inscrit sous le nom de son village, et ce surnom géographique devient héréditaire. La seigneurie de Cléty, elle, n'a jamais appartenu à des Decléty : elle relevait de l'abbaye de Saint-Bertin et de la famille de Noyelles, puis passa en 1425 aux Sainte-Aldegonde. Aucun nobiliaire d'Artois ou de Flandre ne mentionne le nom, et le seul blason qui s'y rattache est celui de la commune.
Comment le nom a descendu la vallée de l'Aa
L'Aa, fleuve côtier à l'eau pure et au courant vif, traverse Cléty avant de filer vers Saint-Omer et la mer du Nord. Ses moulins ont fait la fortune de la vallée : l'abbaye de Saint-Bertin en possédait onze au XVIIIe siècle, et des fouilles menées en 2019-2020 ont mis au jour deux moulins actifs depuis le XIIIe siècle. Au XIXe siècle, ils broient les chiffons de chanvre et de lin sous des maillets de bois, les « martinets », pour fabriquer le papier.
C'est là que les Decléty se sont rassemblés. Les annonces du Mémorial artésien et de la presse laissent voir une famille d'artisans et de petits propriétaires plutôt que de paysans : un garde-moulin en 1861, une marchande de bonneterie à Saint-Omer en 1863, un charpentier en 1891, un rentier d'Arques en 1922. Puis le nom sort de l'Audomarois : vers Paris, où un médecin Decléty ouvre son cabinet en 1919, et vers le Hainaut belge, où un Decléty est domicilié à Tournai dès 1936.
1921 : trois Decléty cités au Journal officiel
Le nom compte si peu de porteurs que chaque mention pèse. Or le Journal officiel publie en 1921 les citations à l'ordre de trois Decléty pour leur conduite pendant la Grande Guerre. Le plus singulier est Georges-Hilaire-Louis Decléty, sous-lieutenant au 1er régiment d'aérostation, dont la citation paraît le 2 mai 1921.
Les aérostiers montaient au-dessus des lignes dans la nacelle d'un ballon captif, retenu au sol par un câble. Ils observaient les positions et les batteries adverses et transmettaient par téléphone les corrections de tir. Cibles désignées de la chasse ennemie, ils n'avaient d'autre issue, quand le ballon était attaqué, qu'un saut en parachute, geste encore neuf qui fit de nombreuses victimes. Pour un nom de gardes-moulins et de charpentiers de l'Aa, c'est une histoire de ciel inattendue.
Un écuyer du XIVe siècle : une seule souche, vraiment ?
Tout porte à croire que les Decléty d'aujourd'hui descendent d'un petit nombre d'ancêtres audomarois : une seule zone de concentration se détache sur la carte. Mais une mention plus ancienne que le premier bourgeois brouille ce schéma. Un registre seigneurial du bailliage de Saint-Omer cite, au XIVe siècle, un écuyer dont le nom est une forme proche de celui de Cléty. Était-il l'ancêtre des bourgeois roturiers de la ville, ou un homme sans lien avec eux ? Aucune filiation n'a pu être établie.
La réponse se heurte à une perte majeure : l'incendie de 1915, qui a détruit aux Archives du Pas-de-Calais le fonds des notaires d'Artois et de nombreux registres paroissiaux. Même les filiations du XVIe siècle restent discutées, deux reconstitutions concurrentes s'opposant sur le père d'un laboureur du nom. Le Grand Rapport expose les deux, et le fonds rescapé qui permettrait de trancher.
Ce que le Grand Rapport Decléty met sur la table
- Le prénom du premier bourgeois « natif de Cléty », celui de son père, le jour exact de sa réception à Saint-Omer et l'ouvrage qui l'atteste.
- L'écuyer du XIVe siècle, sa date, le fief qui le mentionne, et la chaîne du XVIe siècle suivie à travers une rente du chapitre de Saint-Omer sur plus d'un siècle.
- La carte, commune par commune, des Decléty anciens dans la vallée de l'Aa, et la commune papetière qui est devenue la vraie capitale du nom.
- Les deux autres cités de 1921, leurs unités et les numéros du Journal officiel où lire leurs citations.
- Le médecin parisien suivi de 1919 à 1935 à trois adresses entre la rue Lepic et la rue Blanche, et la branche du Tournaisis, carriers de pierre bleue, qui a donné un ministre wallon de l'Économie à l'origine du FOREM.
- L'évolution de la graphie, de Kilciacum à Decléty, date par date et source par source.
Un domaine gallo-romain, une rivière à papier, un ballon au-dessus du front : Decléty tient dans un mouchoir de poche de l'Artois, et ses porteurs anciens y ont laissé des traces écrites d'une rare continuité. Le Grand Rapport les rassemble une à une.
Sources
- Fichier des noms de famille, INSEE (naissances en France de 1891 à 2000).
- Cartulaire et chartes de l'abbaye de Saint-Bertin ; état des reliefs et droits seigneuriaux du bailliage de Saint-Omer.
- Dictionnaire topographique du département du Pas-de-Calais, Imprimerie nationale, 1907.
- Les Noms de famille de France, Payot, 1945 ; Dictionnaire étymologique des noms de famille, Perrin, 1991 ; « Les particules de présentation dans les noms de famille de France », revue Onomastica, 1947.
- Familles anciennes de l'Audomarois ; comptes du chapitre de Saint-Omer.
- Le Mémorial artésien et presse régionale ; Journal officiel de la République française (1921), consultés sur Gallica.
- Annuaires de l'Association médicale de la Seine et de la Seine-et-Oise (1919-1935).
- Geneanet (arbres publics et bibliothèque de presse) ; Forebears (statistiques 2014).
- Connaître la Wallonie, Institut Destrée ; Parlement de Wallonie.