Origine du nom Genetier
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Genetier, le nom du genêt resté entre Mâcon et le Beaujolais
Le mot existe encore. Parmi les noms français du genêt à balais, l'arbuste aux fleurs d'or des landes et des lisières, figure « genettier ». Le nom de famille Genetier n'est donc pas une reconstruction savante : c'est le nom même de la plante, devenu celui d'un homme. Et ce nom de plante, qui pouvait naître partout où poussait le genêt, s'est pourtant concentré sur un territoire d'une netteté remarquable, aux confins de la Saône-et-Loire, du Rhône et de l'Ain.
Voici ce que les dictionnaires, le fichier des décès de l'INSEE et les relevés généalogiques permettent d'établir, ce qu'ils obligent à corriger, et la question qu'ils laissent ouverte.
Le lieu planté de genêts
La racine fait l'unanimité des sources : le latin genista, ou genesta, le genêt. Le suffixe -ier, issu du latin -arium, désigne en toponymie végétale le lieu où pousse une plante : « le Genétier », c'est le terrain couvert de genêts. Le nom est donc toponymique. Il désignait celui qui habitait près d'une lande de genêts, ou qui venait d'un lieu-dit ainsi nommé. La même plante, avec d'autres suffixes, a donné toute une famille de noms et de lieux, de Genetay et Genetey à Geneteau ou Genette, et jusqu'à la commune de La Genête, en Saône-et-Loire.
Une autre piste est parfois avancée pour les noms en Gen- : le nom de baptême Genès, ou Geniès, porté par plusieurs saints. Pour une forme en -ier, l'origine végétale reste la plus probable. Deux rapprochements sont en revanche à écarter : la genette, petit carnivore dont le nom vient de l'arabe andalou, et la glose « qui engendre » que certains sites anglophones proposent pour Genestier, sans appui critique.
Un berceau à cheval sur trois départements
Le genêt poussait dans toute la France des sols pauvres, et un tel nom a pu naître en plusieurs endroits à la fois. La forme Genetier, elle, désigne un foyer précis. Les relevés généalogiques, de 1600 à nos jours, la concentrent dans quelques communes du sud du Mâconnais et du Beaujolais des crus, de part et d'autre de la limite entre la Saône-et-Loire et le Rhône : un pays de coteaux où la vigne a remplacé landes et taillis.
Le fichier des personnes décédées de l'INSEE le confirme avec une netteté rare pour un nom aussi peu répandu. Sur les actes Genetier qu'il enregistre depuis 1971, près de quatre sur cinq concernent des personnes nées en Saône-et-Loire, dans le Rhône ou dans l'Ain, la Saône-et-Loire venant nettement en tête. Une commune du Mâconnais en réunit à elle seule environ un sixième. Hors du berceau, une branche se détache : un petit groupe de naissances dans un même arrondissement de Paris, trace d'un départ vers la capitale.
Dans ce pays, le métier qui revient dans les actes est celui de vigneron. Aucune noblesse ni armoiries authentifiées ne sont connues pour ce nom.
Genetier n'est pas Genestier : une plante, deux berceaux
C'est la correction la plus importante, et la plus utile à qui cherche ses ancêtres. Genetier et Genestier partagent la même racine, mais ce sont deux noms nés séparément, dans deux régions sans contact. Genetier est oriental : Saône-et-Loire, Rhône, Ain. Genestier est méridional : Puy-de-Dôme, Corrèze, Dordogne, Haute-Vienne, entre Massif central et Limousin. Les ordres de grandeur n'ont rien de commun : Geneanet cartographie plus de 36 000 porteurs de Genestier, contre quelques milliers pour Genetier.
Rattacher mécaniquement les deux noms, c'est greffer sur une lignée bourguignonne une parentèle auvergnate qui n'est pas la sienne. Les figures connues de Genestier, comme le missionnaire et botaniste du Tibet mort en 1937, n'ont rien à voir avec les familles du Mâconnais. La chute du -s- étymologique, de Genest- à Genet-, s'est généralisée dans l'écriture aux XVIIe et XVIIIe siècles : elle explique que les deux formes se ressemblent tant, elle ne fait pas des deux familles une seule.
La vraie difficulté est ailleurs. À l'intérieur même de l'aire orientale, des graphies voisines désignent parfois la même famille d'un acte à l'autre, Gennetier ou Genettier par exemple, avec ou sans accent. Il faut les chercher toutes, sans les fusionner ni les séparer a priori.
Cent cinquante-cinq naissances en un siècle
Les mesures disponibles disent toutes un nom rare, à condition de ne pas les confondre. Filae recense 155 naissances Genetier en France depuis 1890, dans douze départements seulement, dont 27 entre 1891 et 1915 et 32 entre 1916 et 1940. La liste des patronymes du répertoire SIRENE comptait 29 personnes inscrites sous ce nom en 2018. Geneanet, de son côté, indexe environ 14 664 occurrences : ce sont des mentions dans des documents et des arbres, un même individu pouvant y figurer des dizaines de fois, et en aucun cas des porteurs vivants. Ces chiffres ne s'additionnent pas.
Un nom aussi rare, enraciné dans un canton viticole où l'on se mariait à quelques kilomètres de son clocher, rend probable une parenté lointaine entre la plupart des porteurs du berceau. Probable, pas démontrée : c'est le cœur de la question que pose le nom.
Une « Maison Genetier » près de Mâcon : hommage ou simple nom de lieu ?
À Charnay-lès-Mâcon, commune limitrophe de Mâcon, un bâtiment municipal porte officiellement le nom de « Maison Genetier ». Il abrite aujourd'hui des services publics, dont une bibliothèque. Le fait est attesté. Son sens ne l'est pas : un bâtiment peut garder le nom d'un ancien propriétaire, d'un lieu ou d'un legs. Faut-il y voir la trace d'une famille de notables du nom, aux portes de Mâcon ? Seules les archives municipales peuvent le dire, et le Grand Rapport les désigne.
Ce que le Grand Rapport Genetier met au jour
- Le nom de la commune du Mâconnais, lieu de naissance d'environ un sixième des Genetier du fichier des décès, et celui des trois autres communes du foyer historique, de part et d'autre de la limite du Rhône.
- La répartition des actes de décès département par département et commune par commune, et l'arrondissement de Paris où s'est fixée la branche partie du berceau.
- La liste des graphies relevées pour le nom, dont certaines très éloignées à l'oreille, et la place à donner à Gentier, forme voisine aux effectifs comparables.
- Le portrait social des familles du berceau : les prénoms qui s'y répètent au point de produire des homonymes dans un même village, les alliances à moins de dix kilomètres, et une branche passée de la vigne au négoce.
- Les pistes d'archives, série par série, qui permettraient de confirmer l'unité de la souche et d'expliquer le nom de la « Maison Genetier ».
Un arbuste des landes, trois départements, une vigne : Genetier a gardé la mémoire du paysage qui l'a nommé. Le Grand Rapport en suit la trace sans le confondre avec son cousin du Massif central.
Sources
- Fichier des personnes décédées, INSEE (décès enregistrés depuis 1971), consulté via le service MatchID.
- Liste des patronymes du répertoire SIRENE (2018), data.gouv.fr.
- Filae, statistiques de naissances en France depuis 1890.
- Geneanet, relevés et arbres collaboratifs, de 1600 à nos jours.
- Dictionnaire étymologique des noms de famille et prénoms de France, Larousse ; Dictionnaire étymologique des noms de famille, Perrin.