Origine du nom Heyn
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Heyn, le petit nom de Heinrich qui a gagné Ceylan
Une chanson populaire néerlandaise le dit en une phrase : « Piet Heyn, son nom est petit, mais ses actes sont grands. » Elle ne croyait pas si bien dire. Heyn est littéralement un petit nom : la forme courte et familière de Heinrich, prénom de prestige de la noblesse franque et saxonne. Et ce nom bref s'écrit de trois façons pour un seul homme, l'amiral que les sources appellent tour à tour Piet Hein, Piet Heyn et Piet Heijn. Entre la Westphalie médiévale, les ports de Hollande, le Wisconsin et l'île de Ceylan, l'enquête suit un diminutif qui n'a cessé de changer de lettres sans changer de sens.
« Heim » et « ric » : le maître du foyer, en abrégé
Heinrich se décompose en deux éléments du vieux haut allemand : heim, la demeure, le foyer, le domaine clos, et ric, la puissance, l'autorité. Le nom complet signifie donc « celui qui règne sur son domaine ». Heyn en est la forme hypocoristique, c'est-à-dire le diminutif familier : la finale tombe, et il ne reste que le cœur du prénom.
Le y n'est pas un caprice. Dans les écritures anciennes, il servait souvent à marquer la longueur de la voyelle, ou simplement à distinguer le mot à l'œil. D'où la famille des formes voisines, Hein, Heine, Heyne, Heijn, que le chercheur doit suivre comme un seul fil. Une autre piste rattache le nom à la racine Hagano, liée à l'idée de clôture protectrice ; elle reste secondaire, la dérivation de Heinrich étant la mieux documentée.
De la Westphalie au Wisconsin, par le couloir rhénan
Les plus anciennes traces que retient l'enquête situent le nom en Westphalie au XIIIe siècle, dans une région passée du duché de Saxe à l'influence de l'électorat de Cologne, parmi des hommes libres et une petite noblesse rurale. De là, trois routes. La première descend le Rhin vers l'Alsace et la Moselle, où le nom se maintient avec une forte densité dans quelques communes. La deuxième gagne les ports de Hollande. La troisième traverse l'Atlantique.
Pour remonter ces routes, la difficulté est double. En Alsace comme en Allemagne, les registres paroissiaux ne commencent souvent qu'après la guerre de Trente Ans, au milieu du XVIIe siècle. Et d'un acte à l'autre, un homme baptisé Heinrich en Alsace peut devenir Heyn lors d'un mariage à Paris ou d'une émigration aux États-Unis, sous l'influence de la phonétique locale ou de l'administration.
Entre 1815 et 1870, des milliers d'Alsaciens et d'Allemands, dont de nombreux Heyn, fuient les crises agricoles et industrielles pour les États-Unis. En 1880, un pôle domine : selon les relevés d'Ancestry, le Wisconsin réunit 23 % des Heyn recensés aux États-Unis, attirés par les terres offertes aux fermiers et le travail offert aux ouvriers. Soixante ans plus tard, le recensement américain de 1940 permet de mesurer ce que l'émigration a fait de ces familles paysannes.
1628, au large de Cuba : la flotte d'argent
Le plus célèbre porteur du nom est né à Delfshaven, fils de pêcheur. Pieter Pieterszoon Heyn (1577-1629) apprend la mer dans la contrainte : capturé par les Espagnols à vingt ans, il passe quatre années comme forçat sur leurs galères. Engagé ensuite par la Compagnie néerlandaise des Indes occidentales, il en devient vice-amiral. En 1628, au large de Cuba, il s'empare de la flotte espagnole des trésors : plus de onze millions de florins en or et en argent, une prise qui finance la guerre des Provinces-Unies contre l'Espagne. Tué au combat l'année suivante, il repose dans la Oude Kerk de Delft.
Un siècle plus tôt, une autre graphie s'était illustrée dans la pierre. Jan Heyns, originaire de Bruges, fut maître d'œuvre de la cathédrale Saint-Jean de Bois-le-Duc, sommet du gothique flamboyant brabançon, et membre, comme Jérôme Bosch, de l'Illustre Confrérie de Notre-Dame de la ville. Il meurt en 1516, emporté par une épidémie. Aucune filiation n'est établie entre ces hommes célèbres et les autres porteurs du nom : ils disent la diffusion d'un prénom, non l'histoire d'une seule famille.
Deux siècles de Heyn à Ceylan : d'où venait le premier ?
La branche la plus inattendue vit dans l'océan Indien. À Ceylan, l'actuel Sri Lanka, des Heyn appartiennent à la communauté des Burghers, héritée de la période hollandaise, et y maintiennent une identité distincte pendant plus de deux siècles, autour de l'Église réformée hollandaise. L'un d'eux, Bertram Russell Heyn, né à Colombo en 1912, élève du Royal College, joue au cricket pour Ceylan, sert dans la Ceylon Defence Force pendant la Seconde Guerre mondiale et termine sa carrière au grade de major général.
Reste la question qui fait l'intérêt de cette branche. Les rôles de montre de la Compagnie des Indes orientales, conservés à La Haye, inscrivent chaque soldat et chaque marin avec son port d'origine et sa solde. Ils montrent que bien des porteurs du nom n'étaient pas hollandais, mais des soldats allemands ou scandinaves qui avaient néerlandisé leur nom pour s'engager. Le premier Heyn de Ceylan était-il un marin de Hollande, ou un fils de la Westphalie passé par les comptoirs de la Compagnie ?
Ce que le dossier Heyn remonte, pièce par pièce
- La chaîne de quatre générations de la branche de Ceylan, remontée jusqu'à un assistant médical mort en 1843, témoin du passage de l'île des Hollandais aux Britanniques.
- Les Heyn relevés parmi les soldats allemands loués par la Couronne britannique au temps de la guerre d'Indépendance américaine.
- Les métiers déclarés par les Heyn d'Amérique au recensement de 1940, hommes et femmes, en pourcentages.
- Ce que les archives notariales de Delft révèlent de la veuve de l'amiral et de sa maison.
- Les inventaires après décès qui opposent, au XVIIe et au XVIIIe siècle, les Heyn ruraux d'Alsace et les Heyn urbains d'Amsterdam.
Un prénom de prestige réduit à quatre lettres, porté de la Westphalie aux galères d'Espagne et des fermes du Wisconsin aux églises de Colombo : Heyn est un petit nom qui a beaucoup voyagé. Le dossier complet en reconstitue les étapes.
Sources
- Archives de la Compagnie néerlandaise des Indes orientales (VOC), La Haye : rôles de montre des soldats et marins.
- Sri Lanka Colonial Records, FamilySearch ; Burgher Association (Australie), liste des noms burghers de la période hollandaise.
- Hessian Documents of the American Revolution, 1776-1783, The Loyalist Collection ; registres des auxiliaires allemands, 1776-1786, William L. Clements Library, université du Michigan.
- Recensements fédéraux américains de 1880 et 1940, via Ancestry.
- Registres paroissiaux d'Alsace (Bas-Rhin, Haut-Rhin) et de Westphalie ; Geneanet.