Origine du nom Lérys
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Lérys, la graphie rarissime d'un nom de coteau occitan
Le site Forebears dénombre environ six cent vingt-six porteurs vivants du nom Leyris dans le monde, presque tous en France. Sous la graphie Lérys, il en relève une vingtaine. La liste des patronymes de la base SIRENE, publiée en 2018, compte quatre-vingt-deux Leyris, vingt-sept Léris, et pas un seul Lerys. Ce nom n'est pas seulement rare : il se tient au bord de l'effacement statistique, à l'ombre d'une forme voisine bien plus répandue.
Le paradoxe va plus loin. Les deux cents fiches de décès Leyris que l'enquête a dépouillées dans le fichier de l'INSEE dessinent deux foyers qui ne se touchent pas : la Corrèze autour de Tulle, et l'arc qui court des Cévennes à la basse vallée du Rhône. Un même nom, deux berceaux, et aucune preuve d'un ancêtre commun : c'est le fil que suit le Grand Rapport.
Le coteau ou le gaillard : deux mots occitans pour un nom
Les formes méridionales du nom, Leyris, Léris, Leiris et Lérys, se rattachent à l'occitan, qui offre deux lectures. La plus probante est toponymique : leyris désigne un terrain en pente, un coteau rocailleux, souvent inculte et difficile d'accès. Le surnom s'appliquait à celui qui vivait ou travaillait sur un tel versant pierreux.
La seconde lecture est un surnom de caractère. L'adjectif leri signifie « gaillard, bien portant, joyeux, allègre, dispos » : le nom aurait alors salué la vitalité d'un ancêtre. Les deux pistes ne s'excluent pas, et elles dessinent le même monde, celui des pentes sèches du Midi et des hommes durs à la peine qui les habitaient.
Pourquoi le Léry de l'Eure n'est pas un cousin
La ressemblance avec Léry trompe la plupart des notices en ligne. Le Léry de la moitié nord de la France a une tout autre origine : soit l'ancien nom de personne germanique Leteric, formé de liet, « le peuple », et de ric, « puissant » ; soit l'une des communes nommées Léry, dans l'Eure ou en Côte-d'Or, dont le porteur était originaire. Le célèbre Jean de Léry, pasteur et voyageur du XVIe siècle, auteur d'un récit de voyage au Brésil, n'a avec Lérys qu'une homonymie fortuite.
Le critère de partage tient en une lettre. La forme en -s final, Lérys ou Leyris, est ancrée dans le Languedoc et le Sud-Ouest. Confondre les deux, c'est greffer sur un nom de coteau occitan l'histoire d'un nom de personne germanique ou d'un village de l'Eure.
Deux cents décès Leyris, deux foyers qui s'ignorent
Le fichier des décès de l'INSEE permet de dessiner la carte de la forme dominante. Sur les deux cents fiches Leyris dépouillées, couvrant des décès survenus de 1971 à 2014, le premier foyer est corrézien : cinquante et une naissances en Corrèze, groupées autour de Tulle. Le second s'étire des Cévennes à la basse vallée du Rhône, du Gard à l'Ardèche, avec Marseille pour débouché urbain. L'Hérault et la Gironde complètent ce croissant méridional.
Forebears confirme ce double ancrage par une autre voie : vingt-huit pour cent des Leyris de France en Nouvelle-Aquitaine, vingt-six en Occitanie, dix-sept en Auvergne-Rhône-Alpes. Deux pôles distincts pour un seul nom : rien ne permet d'affirmer qu'ils descendent d'une même souche.
Le pôle cévenol n'a rien d'un appendice : le Gard et l'Ardèche réunissent à eux deux cinquante-huit naissances, davantage que la Corrèze. Chaque source mesure pourtant une réalité différente, et il ne faut pas les additionner. Les quelque trente-trois mille neuf cents occurrences Leyris que compte Geneanet sont des mentions dans des documents, non des individus ; les deux cents fiches de l'INSEE sont des personnes mortes entre 1971 et 2014 ; les chiffres de Forebears, des estimations de porteurs vivants.
Les morts de 14-18 ne comblent pas encore le vide. La Grande Guerre est l'autre grand gisement d'archives publiques pour un nom rare. Or l'échantillon ouvert des fiches de Poilus publié sur data.gouv.fr, douze mille cent quatre-vingt-six fiches, soit moins de un pour cent de la base complète, ne renvoie aucun Leyris. Le rapport prend soin de le dire : ce résultat négatif n'est pas concluant. Un nom porté par si peu de familles peut disparaître d'un échantillon sans avoir été épargné par le conflit.
Touny-Lérys, ou le nom emprunté par un poète
La trace littéraire la plus nette de la graphie n'est pas un acte de baptême, mais un pseudonyme. Le magistrat et poète tarnais Marcel Marchandeau (1881-1976), ami de Francis Jammes et de Paul Valéry, a signé toute son œuvre du nom de Touny-Lérys, et l'Académie des Jeux floraux l'a couronné en 1941.
Aucun lien de sang n'est établi entre le poète et les porteurs du nom : c'est un emprunt. Mais un emprunt qui en dit long. Pour un écrivain du Midi, ces deux syllabes sonnaient comme un nom « qui respire la roche, le soleil et l'authenticité du Sud », selon la formule que retient le rapport. Le choix d'un poète confirme, à sa manière, la lecture méridionale du nom que proposent les dictionnaires.
Une graphie, une souche, ou plusieurs ?
La rareté extrême de Lérys pose une première question : combien de familles distinctes cette graphie recouvre-t-elle ? Et les Leyris de Corrèze et ceux des Cévennes, bien plus nombreux, relèvent-ils de la même souche, ou de familles distinctes qui ont reçu, chacune sur son coteau, le même surnom de pente ? Le Grand Rapport sépare avec soin ce qui éclaire le nom et ce qui éclairerait une famille, et montre pourquoi les abondantes données Leyris ne racontent pas l'histoire des Lérys.
Ce que le Grand Rapport Lérys met en regard
- Les deux cents décès Leyris de l'INSEE, commune par commune, dont le village ardéchois qui concentre à lui seul dix naissances.
- Les communes des environs de Tulle qui forment le foyer corrézien, et la géographie fine du croissant cévenol et rhodanien.
- Le profil démographique de ces deux cents porteurs, mesuré fiche par fiche, jusqu'à la doyenne morte à cent un ans.
- L'effectif de chaque forme du faisceau Léry, Leyris, Léris, Leri et Lerys, source par source, sans additionner ce qui ne s'additionne pas.
- Le test ADN du chromosome Y qui dirait si un Lérys, un Leyris corrézien et un Leyris cévenol remontent à un même ancêtre.
Un mot occitan pour un coteau de pierre, deux foyers qui s'ignorent, un poète qui emprunte le nom : Lérys n'a presque laissé de traces que dans les marges. Le Grand Rapport les rassemble une à une, en distinguant toujours le nom de la famille.
Sources
- Fichier des personnes décédées, INSEE (décès de 1971 à 2014), consulté via le moteur matchID.
- Liste des patronymes de la base SIRENE (2018), data.gouv.fr.
- Forebears (données 2014) ; Geneanet ; Filae.
- Échantillon ouvert des fiches de Poilus de la Première Guerre mondiale, data.gouv.fr.