Origine du nom Mombellet
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Mombellet, un village du Mâconnais devenu nom de la Creuse
Le nom Mombellet porte une adresse : celle de Montbellet, une commune de Saône-et-Loire, en plein Mâconnais. Pourtant, les familles qui le portent, c'est en Creuse qu'on les suit : dans les registres paroissiaux de ce département, l'acte le plus ancien identifié avec certitude date du XVIIe siècle, loin du Mâconnais. Entre le village qui a donné son nom et les familles qui l'ont porté, il manque un chaînon. Toute l'enquête tient dans cet écart.
C'est aussi l'un des noms les plus rares de France : la recherche n'en recense que 71 porteurs dans le monde, au 2 255 512e rang mondial. Assez peu pour que chaque acte compte, assez pour que le fil se suive d'une archive à l'autre.
Comment Montbellet a perdu son « t » et gagné un « m »
Le passage de Montbellet à Mombellet n'a rien d'une coquille isolée. C'est une loi de la prononciation. Devant le b de bellet, une consonne qui se forme avec les deux lèvres, le n de Mont se ferme en m, et le t, devenu muet, disparaît de l'écriture. Les linguistes parlent d'assimilation régressive : un son se règle sur celui qui le suit. Le phénomène est parfaitement régulier dans les parlers francoprovençaux et d'oïl du Lyonnais, du Mâconnais et du Berry jusqu'à la Creuse, autrement dit sur tout le trajet supposé du nom.
Tant que l'orthographe des noms n'était pas fixée, chaque curé écrivait ce qu'il entendait. Le nom circule ainsi sous plusieurs graphies, dont Mombelet, avec un seul l, la forme même de la plus ancienne mention creusoise. Pour qui cherche un ancêtre, c'est la première règle : interroger toutes les formes, et pas seulement celle de l'état civil actuel.
« Mont » et « bellet » : la colline plaisante
Le premier élément vient du latin mons, la montagne ou la colline. Dans les noms de lieux du Moyen Âge, il désigne souvent une simple élévation qui se détache de la plaine, et les composés en « Mont » sont extrêmement nombreux parmi les noms de seigneuries. Le second élément, bellet, se lit d'ordinaire comme un diminutif de l'ancien français bel, « beau » : Montbellet serait le « beau petit mont », la colline plaisante. Une autre lecture y voit un nom de personne préexistant, Bellet. La traduction par le latin mons bellus, « beau mont », simplifie donc une formation qui passe par le diminutif.
Aucun des grands armoriaux de référence ne répertorie le nom, et aucune maintenue de noblesse n'est documentée.
Au XVIIe siècle, le nom est déjà creusois
Les archives départementales de la Creuse ont mis en ligne leurs registres paroissiaux et d'état civil, du XVIe siècle à 1922. C'est là que le nom se laisse suivre. L'acte le plus ancien identifié avec certitude dans le département est le mariage d'une Jeanne Mombelet, au milieu du XVIIe siècle. La forme du nom, avec son seul l, montre que la graphie n'est pas encore fixée.
À partir de ce point, le nom s'enracine. Ses porteurs se retrouvent autour d'Aubusson, la ville de la tapisserie, et de Felletin, ainsi que dans un village voisin que la recherche désigne comme le foyer des branches rurales. À Aubusson, le nom figure jusque dans les registres des manufactures. Ailleurs, dans ce département qui compte au XIXe siècle parmi les plus pauvres de France, ses porteurs vivent surtout d'une économie agropastorale. La Creuse devient le véritable conservatoire du nom : c'est là qu'il se maintient, génération après génération, et que se concentrent les actes ruraux qui permettent de le suivre.
Plus tard, le nom essaime. On le retrouve dans le Gard et en Île-de-France au XXe siècle, mais les sources réunies ne disent pas encore comment ces branches se rattachent au foyer creusois.
Du Mâconnais à la Creuse : qui a fait le voyage ?
Voici le cœur de l'énigme. Si Mombellet vient bien de Montbellet, un homme a dû quitter le Mâconnais, ou être nommé d'après lui, avant de faire souche en Creuse. Quand, pourquoi, et par quel chemin ? Les documents réunis n'en disent rien, et la recherche range elle-même « les raisons exactes du départ des premiers Mombellet de Bourgogne vers la Creuse » parmi les zones d'ombre.
Le dossier relève même, dans un registre de justice médiéval, un personnage dit « de Mombellet », désigné par une terre. Mais cette mention ne dit rien du passage vers la Creuse. La rareté du nom laisse penser que tous ses porteurs pourraient descendre d'un noyau familial restreint, peut-être d'une seule personne. Ce n'est encore qu'une hypothèse. Aucun test génétique n'a été publié pour ce nom ; seuls les registres, les minutes notariales creusoises et une comparaison d'ADN entre porteurs masculins pourraient dire si la souche est unique.
Ce que le dossier Mombellet met au jour
- L'année exacte et le nom de l'époux du plus ancien mariage attesté en Creuse, et le village identifié comme foyer des branches rurales.
- Le nom complet du « de Mombellet » du registre de justice médiéval, la seconde terre de Saône-et-Loire qui lui est associée, et ce que vaut ce rapprochement.
- Le tableau des graphies du nom et des régions où chacune domine, de la Bourgogne à l'Auvergne.
- L'affaire de 1930 qui vaut à un porteur du nom, dans le Gard, une condamnation consignée dans un almanach conservé à Gallica.
- Les dossiers du Service historique de la Défense et le bulletin d'une amicale de déportés qui gardent la trace d'un Mombellet dans la Seconde Guerre mondiale.
- Les fonds de Saône-et-Loire et de la Creuse à interroger pour retrouver le chaînon entre Montbellet et les premiers Mombellet creusois.
Un village du Mâconnais, une loi de prononciation, un pays de tapissiers : Mombellet tient en peu de porteurs une histoire de plus de trois siècles. Reste à retrouver celui qui a fait le chemin.
Sources
- Archives départementales de la Creuse, archives numérisées (registres paroissiaux et d'état civil).
- Archives départementales de Saône-et-Loire.
- Guichet du Savoir, Bibliothèque municipale de Lyon (question n° 2533).
- Geneanet (fiches de nom et arbres collaboratifs).
- « À tout crime, un châtiment », chapitre III, Presses universitaires de Rennes, sur OpenEdition Books.
- Almanach de l'Action française, 1930, sur Gallica, Bibliothèque nationale de France.
- Service historique de la Défense (Vincennes et Caen) ; Le Serment, n° 34, Association française Buchenwald Dora et kommandos.