Origine du nom Saury
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Saury, une chevelure fauve qui mena de la garrigue à l'étude du notaire
Le mot qui a donné Saury se mange encore : c'est celui du hareng saur, salé et fumé jusqu'à prendre une teinte brun-roux. Il se dit aussi d'un cheval saur, d'un jeune faucon au plumage fauve. Il y a huit siècles, dans le Midi, il a vraisemblablement servi à désigner un homme à la chevelure de cette couleur, et le surnom est resté à ses enfants. Ce nom de paysans des Corbières a ensuite accompli un trajet que les archives retrouvent dans trois pays différents du Languedoc : de la terre à la plume du notaire.
« Saur » : la couleur du hareng, du cheval et d'une chevelure
Les dictionnaires de référence s'accordent : Saury est un sobriquet formé sur l'ancien adjectif saur, « châtain, blond-roux, fauve », issu du bas latin saurus. Ce n'est ni un nom de métier, ni un nom de lieu, ni un nom de filiation, mais un surnom physique, attribué à l'époque où les noms de famille se fixent, entre le XIIe et le XIIIe siècle. Les formes latinisées Saurus et Saurina figurent d'ailleurs comme noms de baptême dans des cartulaires ecclésiastiques du Midi.
Deux homonymes trompent souvent les chercheurs. Le nom alsacien Saur n'a rien à voir : c'est une variante germanique de Sauer, « aigre ». Et l'anglais saury désigne un poisson du Pacifique, dont le nom vient du russe. La même racine colorée a en revanche nommé des lieux, la commune de Saint-Saury dans le Cantal ou le Champsaur, « le champ jaune », dans les Hautes-Alpes, sans être pour autant la source du patronyme.
Soixante-huit fiches sur deux cents : l'Aude d'abord
Le fichier des personnes décédées de l'INSEE a été dépouillé sur deux cents fiches au nom exact de Saury, pour des décès survenus entre 1971 et 1997. Soixante-huit de ces deux cents personnes étaient nées dans l'Aude, loin devant tout autre département : Corbières, Lauragais, Minervois, Carcassonnais. Le Gard (16), l'Hérault (12), les Pyrénées-Orientales (9), le Tarn-et-Garonne (8) et la Haute-Garonne (7) complètent un bloc méridional qui réunit près des deux tiers des naissances.
Le berceau ancien se lit encore dans les relevés de Geneanet, dont les communes de tête sont des villages des Hautes-Corbières et du Lauragais. Aujourd'hui, Forebears estime à environ 670 le nombre de porteurs vivants en France, sur quelque 1 289 dans le monde, dont 44 % résident en Occitanie, 19 % en Île-de-France et 12 % en Provence-Alpes-Côte d'Azur. Saury est un nom rare, et resté méridional.
Un « roux » en Charente, un autre dans le Jura
Le même fichier réserve une surprise. Dix-neuf des deux cents Saury sont nés en Charente, davantage que dans le Gard, et avec la Haute-Vienne voisine ce foyer Charente-Limousin réunit vingt-quatre porteurs. Sept autres sont nés dans le Jura, la plupart dans un même village. Ces foyers ne prolongent pas l'Aude : ce sont, très probablement, des naissances indépendantes du même sobriquet.
C'est la clé de lecture du nom. Un surnom aussi simple que « le roux » a pu naître partout où vivait un homme roux, sans lien de sang entre les familles qui l'ont reçu. Deux Saury, l'un des Corbières, l'autre de Charente, ne sont pas cousins par présomption. Reste une question que seule une enquête d'archives pourra trancher : les grands foyers du Midi, l'Aude, les Cévennes d'Alès et le Toulousain, sont-ils eux aussi indépendants, ou descendent-ils d'une même souche médiévale ?
Trois études de notaire, trois pays du Midi
Les Saury d'Ancien Régime furent d'abord des brassiers, qui ne possédaient que leurs bras, et des ménagers, maîtres d'un lopin et d'une mule, sur les terres arides des Corbières et du Lauragais. Toutes les branches ne s'élevèrent pas : en l'an V, en 1797, un François Saury de Carcassonne est poursuivi pour mendicité. Mais le trait le plus frappant du nom est une ascension obstinée, reproduite en trois lieux. Dans l'Aude, un fermier des Hautes-Corbières accumule assez pour que son petit-fils devienne notaire au XIXe siècle. Près de Toulouse, une famille Saury tient une étude pendant plus d'un siècle. Dans les Cévennes, à Alès, une lignée cumule au XVIIIe siècle les charges de notaire et de collecteur d'impôts, et les archives du Gard conservent ses papiers d'affaires.
Le XIXe siècle ajoute la vigne : dans les Corbières, des Saury deviennent propriétaires-viticulteurs, dans un vignoble que le phylloxéra puis la crise de surproduction allaient ébranler jusqu'à la révolte vigneronne de 1907.
L'abbé qui finit sa vie au Bengale
Le destin le plus romanesque du nom est né hors de l'Aude, à Entraygues-sur-Truyère, dans l'Aveyron, ce qui rappelle encore la pluralité des souches. Fils d'un modeste artisan, l'abbé Jean Saury refuse un obscur vicariat et obtient sur concours une chaire de philosophie et de mathématiques à Montpellier. Il publie un Précis d'histoire naturelle en cinq volumes et un Cours complet de philosophie en huit, s'attire les foudres de l'évêché, et un pamphlet contre le monopole des grains lui vaut, dit-on, un passage à la Bastille. Ruiné, il s'embarque pour l'Orient, soigne une épidémie à la cour du roi de Golconde et meurt dans le Bengale, vers 1785. Ses dates restent incertaines : la Bibliothèque nationale de France note prudemment « 1741?-1785? ».
Ce que le Grand Rapport Saury établit
- Le village des Hautes-Corbières, aujourd'hui moins de soixante habitants, où les Saury comptent parmi les plus anciennes familles roturières, et la mention d'un « Saury seigneur » du lieu, avec ce qu'elle vaut.
- Le domaine, ancien castrum cathare vendu comme bien national, que le fermier Saury exploitait avant 1828, et l'étude que son petit-fils transféra en 1867, avec les cotes de ses registres.
- La dynastie notariale du Toulousain, du clerc de 1728 au notaire qui exerça jusqu'en 1832, et le fonds familial d'Alès, de 1637 à 1850.
- La maison de négoce de Lézignan et le fonds d'archives qui conserve sa correspondance et ses plaques photographiques.
- Les Saury morts pour la France, du Chemin des Dames aux Dardanelles, et le relevé des deux cents fiches de décès, commune par commune, avec les foyers charentais et jurassien.
- La galerie du nom au XXe siècle : un pionnier du syndicalisme toulousain, un clarinettiste de jazz, un acteur et poète.
Une couleur de cheveux, une garrigue, une plume de notaire : Saury a gardé la trace de chacune. Le Grand Rapport la suit foyer par foyer, sans confondre les familles que seul le hasard d'un surnom a réunies.
Sources
- Fichier des personnes décédées, INSEE, interrogé via l'API MatchID (deux cents fiches exactes, décès 1971-1997).
- Liste des patronymes de la base SIRENE, data.gouv.fr ; estimations de porteurs, Forebears ; statistiques communales, Geneanet.
- Archives départementales de l'Aude (notariat, fonds d'entreprise), du Gard et de la Haute-Garonne ; FranceArchives.
- Livre d'Or de l'Aude et bases mémorielles de la Grande Guerre.
- Dictionnaire étymologique des noms de famille et prénoms de France, Larousse, 1951 ; Dictionnaire des noms de famille du Midi de la France.
- Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier (Maitron) ; notices d'autorité de la Bibliothèque nationale de France.