Origine du nom Stubbs
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Stubbs, des souches du Yorkshire aux îles des Caïques
Le pays où le nom Stubbs est le plus dense au monde n'est ni l'Angleterre, ni l'Australie, ni les États-Unis. C'est un archipel des Antilles, les îles Turques-et-Caïques, où environ un habitant sur soixante-seize le porte, selon les estimations de la base Forebears. Un nom né dans les forêts défrichées du nord de l'Angleterre est devenu l'un des plus répandus d'un archipel tropical. Entre les deux, il y a des siècles d'archives, un tribunal londonien, un peintre de chevaux et une guerre d'indépendance.
« Stybb » : la souche du défricheur, ou l'homme trapu
L'étymologie la plus largement admise rattache le nom au vieil anglais stybb, « souche d'arbre ». C'est d'abord un nom de lieu de vie. À l'époque où l'on gagnait des terres à cultiver sur la forêt, le Stubbs était celui qui habitait près des souches, sur un terrain nouvellement essarté par le feu ou la hache : un homme de la lisière et du défrichement.
L'onomastique médiévale autorise une seconde lecture. Le mot désignait aussi, par analogie, une personne courte et trapue, plantée comme une souche. Un même mot, deux façons de nommer : le nom a donc pu naître plusieurs fois, indépendamment, en différents points de l'Angleterre. Une troisième hypothèse, flamande, en fait un « endroit sec » ; elle séduit pour l'est du pays, où les tisserands flamands furent nombreux, mais reste secondaire face à la racine anglo-saxonne. Le nom connaît plusieurs variantes, dont Stubbe et Stobbs.
Un village du West Riding et les forges de Warrington
Le berceau désigné par l'enquête est septentrional. Un village du West Riding, dans le Yorkshire, enregistré dès le XIe siècle, est le candidat le plus sérieux à l'origine locative du nom. De là, les porteurs essaiment vers les comtés voisins du Cheshire et du Staffordshire. Au XIXe siècle, le nom se concentre massivement dans le Lancashire et le Cheshire, porté par l'essor industriel ; il reste rare, à l'inverse, dans le sud-ouest de l'Angleterre.
Warrington illustre cette bascule. Peter Stubs, artisan tailleur de limes, y transforme son métier en une entreprise internationale de limes et d'outils, qui exporte jusqu'en Russie et aux États-Unis. C'est à cette branche industrielle, qui écrit son nom avec un seul b, que se rattache la devise Cedant arma labori, « que les armes cèdent au travail ». Elle n'appartient pas à tous les Stubbs : plusieurs branches ont reçu, à des époques différentes, des armoiries distinctes.
Old Bailey, 26 mai 1790 : un manteau de drap et des culottes de velours
Les archives judiciaires de Londres ont gardé l'inventaire d'un vol modeste. Ce jour-là, Thomas Stubbs comparaît devant la cour criminelle de l'Old Bailey, accusé d'avoir dérobé les vêtements de l'homme qui partageait son logement. La liste des objets dit tout d'une époque : un manteau de drap, des culottes de velours, des boucles de genoux en argent. Même chez les plus précaires, le vêtement était un capital. La sentence tombe : sept ans de déportation.
L'année suivante, sa fiche de forçat le montre arrivant en Australie avec la Third Fleet, à bord de l'Albemarle, au terme d'une traversée marquée par une tentative de mutinerie et des exécutions à bord ; un Joseph Stubbs voyage dans le même convoi. Libéré à l'expiration de sa peine, Thomas s'établit comme bâtisseur et colon dans la région de Lane Cove. Le nom Stubbs entre ainsi dans l'histoire australienne par la porte la plus étroite.
Le cheval sans cavalier et l'évêque des chartes
Deux porteurs ont donné au nom une stature européenne. George Stubbs (1724-1806), né à Liverpool, fils d'un marchand de cuir, passe dix-huit mois à disséquer des chevaux dans une ferme du Lincolnshire pour en comprendre l'anatomie. Son Whistlejacket rompt avec l'usage : un cheval seul, sans cavalier, sur un fond vide.
William Stubbs (1825-1901), né à Knaresborough, évêque d'Oxford et professeur à l'université, publie la Constitutional History of England et fait de l'histoire médiévale une discipline de chartes et de preuves. À la fin de sa vie, il applique cette méthode à son propre nom et reconstitue lui-même l'ascendance de sa famille jusqu'au XIVe siècle.
Le XXe siècle ajoute un nom gravé. En avril 1915, au débarquement de Gallipoli, le sergent Frank Edward Stubbs, des Lancashire Fusiliers, mène son peloton sous le feu des mitrailleuses ; tué au combat à vingt-sept ans, il reçoit la Victoria Cross, la plus haute distinction britannique.
Pourquoi les Caïques ?
Reste l'énigme de départ. Comment un nom de souche du Yorkshire est-il devenu l'un des plus portés d'un archipel des Antilles ? La réponse passe par la guerre d'indépendance américaine, par un homme venu du Cheshire et par une plantation de coton, et elle dit autant de l'histoire coloniale britannique que de l'onomastique. Le Grand Rapport la reconstitue pièce par pièce.
Ce que le dossier Stubbs met au jour
- Le nom du village du West Riding candidat à l'origine du nom, et la forme sous laquelle le Domesday Book l'enregistre.
- Les attestations anciennes du nom, datées une à une, d'un surnom vieil-anglais aux rôles judiciaires du Cheshire, en passant par les archives des Templiers du Yorkshire et l'université d'Oxford.
- Le planteur loyaliste, ses deux plantations, et l'explication du « un sur soixante-seize » des Turques-et-Caïques.
- Les trois concessions d'armoiries de trois branches distinctes, blasonnées, et ce que chacune dit de son milieu.
- Le verdict du projet ADN Stubbs sur l'haplogroupe des Stubbs du Cheshire, et l'époque estimée de leur ancêtre commun avec une autre famille.
- La généalogie établie par l'évêque historien, la forêt royale où vivaient ses ancêtres et le registre fiscal de 1377 qui cite des Stubbs du XIVe siècle.
Une souche, un défrichement, un nom qui part sur tous les océans : Stubbs a gardé sa racine anglaise jusque sous les tropiques. Le Grand Rapport suit chacune de ses branches, archive après archive.
Sources
- Domesday Book ; Poll Tax de 1377 et Subsidy Rolls ; Pipe Rolls ; Assize Rolls du Cheshire.
- Proceedings of the Old Bailey, Londres ; registres des convicts transportés en Australie (Convict Records).
- Forebears, estimations de fréquence des noms par pays.
- Genealogical History of the Family of the late Bishop William Stubbs, compiled by himself, Yorkshire Archaeological Society, Record Series, vol. 55 ; Dictionary of National Biography, supplément de 1912.
- Commonwealth War Graves Commission, registres des morts de la Grande Guerre ; Lives of the First World War, Imperial War Museums.
- Turks and Caicos National Museum.
- Stubbs DNA Project, FamilyTreeDNA.
- National Gallery, Londres ; Royal Museums Greenwich ; British Sporting Art Trust (George Stubbs).