Origine du nom Fradin
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Fradin, des échevins de Saintonge aux paroisses du Bocage
Bien avant de peupler les registres paroissiaux des Deux-Sèvres, le nom Fradin apparaît là où on ne l'attend pas : dans les registres d'un échevinage de Saintonge, dès le XIVe siècle. Ceux qui le portent alors ne sont ni des manants ni des laboureurs. Ils siègent parmi les échevins, cette élite urbaine qui administre la cité, fait la police des marchés et rend la justice municipale. Le nom que l'on croit volontiers paysan entre dans l'histoire par la porte d'une maison de ville.
C'est le premier paradoxe d'un nom que l'on rencontre surtout, aux siècles suivants, dans les campagnes du Poitou. Les registres anciens permettent de suivre sa route, de la Saintonge vers le nord. Ils posent aussi une question que les dictionnaires n'ont jamais tranchée : Fradin désigne-t-il un homme, ou un lieu ?
Le radical frad- ou le hameau du Fradin : deux lectures pour un seul nom
La première lecture fait de Fradin un ancien nom de personne d'origine germanique, héritage du haut Moyen Âge. Il serait bâti sur un radical frad-, rattaché au vieux haut-allemand frad, glosé « efficace », « rapide » ou « agile », et prolongé par le suffixe -in, qui marque en français la filiation ou l'affection. Le premier porteur aurait été, très simplement, « le fils de Frada ». Cette lecture place au centre de la nomination un individu, et non un lieu.
La seconde lecture part du sol. L'Ouest est riche de lieux-dits nommés « le Fradin », « les Fradins » ou « la Fradinière ». Le mécanisme est alors inverse : ce n'est plus l'homme qui donne son nom au lieu, c'est le lieu qui désigne l'homme. Un habitant du hameau du Fradin devient, sous la plume du curé ou du greffier seigneurial, « Jean du Fradin », puis « Jean Fradin ». Ce type d'origine est souvent la marque de familles de laboureurs ou de métayers attachées à une même terre pendant des générations. Des hameaux de ce nom existent sur la côte vendéenne, mais aussi beaucoup plus loin, jusqu'en Auvergne. Cette géographie renforce l'hypothèse : un nom de lieu a pu naître plusieurs fois, dans des régions qui ne se connaissaient pas.
Les deux explications ne s'excluent pas, et c'est tout l'intérêt du nom. Il est probable que deux souches distinctes, l'une issue d'un prénom, l'autre d'un lieu, se soient mêlées au fil des siècles sous une même graphie. Une troisième piste circule, celle d'un nom juif formé sur le prénom féminin yiddish Frade, « joie ». Elle est jugée moins probable pour la souche poitevine : la densité du nom dans les terroirs ruraux de l'Ouest, bien avant les migrations modernes, fait préférer la piste continentale.
Un échevinage de Saintonge au XIVe siècle
Les plus anciennes mentions réunies par l'enquête ne sont donc pas rurales. Elles placent le nom dans une ville close de Saintonge, au sein de l'échevinage, dès le XIVe siècle. À cette époque, siéger parmi les échevins suppose une assise sociale réelle : celle d'une bourgeoisie marchande ou juridique capable de tenir son rang face à la noblesse d'épée, et de participer au gouvernement de la cité.
Le contraste est saisissant avec l'image que renvoie le nom aux siècles suivants. Avant d'être celui de laboureurs, de métayers et de marchands de campagne, Fradin a été un nom de notables urbains, inscrit dans les registres d'une ville. C'est de ce point de départ saintongeais que part la route du nom vers le nord.
Remonter vers le nord : le Civraisien, puis les Deux-Sèvres
La diffusion du nom dans les registres des XVIe et XVIIe siècles dessine une trajectoire nette, du sud vers le nord, de la Saintonge vers le Poitou. Dans la seconde moitié du XVIe siècle, une branche s'établit dans la région de Civray, dans l'actuelle Vienne. C'est là que prospère la lignée dite des Fradin de Bellabre, qui accède à la noblesse, accumule des seigneuries et noue des alliances aristocratiques. Cette branche est bien identifiée, et c'est précisément pour cela qu'il faut s'en méfier : tous les Fradin n'en descendent pas, et l'homonymie ne vaut pas filiation.
Une autre figure de ce temps illustre les milieux qu'atteint alors le nom. Vers 1600, un Fradin, titré sieur d'un fief, épouse une femme que les généalogistes donnent pour la fille d'un pasteur : un mariage qui dit une bourgeoisie de robe frottée de protestantisme, naviguant entre les troubles religieux et l'ascension sociale.
Aux XVIIe et XVIIIe siècles, enfin, le nom se densifie dans les Deux-Sèvres, à la fois dans le Bocage, au nord du département, et autour de la plaine de Niort. Les registres paroissiaux de plusieurs villages y mentionnent des mariages Fradin dès les années 1660 à 1690. Les porteurs que l'on y croise forment une bourgeoisie rurale : marchands, maîtres artisans et procureurs fiscaux. Le nom n'est plus celui d'une maison de ville : il est devenu celui d'un pays.
Un nom, ou plusieurs familles ?
Reste la question centrale. Les échevins saintongeais du XIVe siècle, les seigneurs du Civraisien et les marchands du Bocage partagent-ils une même souche ancienne, ou le nom est-il né plusieurs fois, ici d'un prénom, là d'un hameau ? La trajectoire du sud vers le nord plaide pour une famille qui migre ; la multiplication des lieux-dits « Fradin » plaide pour des origines multiples. Seule une comparaison serrée des registres, paroisse par paroisse, permettrait de départager les deux scénarios.
Ce que le dossier Fradin permet de préciser
- Le nom de la ville de Saintonge où les Fradin siègent à l'échevinage dès le XIVe siècle.
- Les hameaux « Fradin » relevés en Vendée et en Auvergne, et ce qu'ils disent de l'hypothèse toponymique.
- Le Fradin qui épouse, vers 1600, une fille de pasteur, son fief et le nom de son beau-père probable.
- Les communes du Bocage et de la plaine de Niort où le nom se densifie, et les deux paroisses dont les registres mentionnent des mariages Fradin dès les années 1660-1690.
- Les arguments qui font préférer la piste germanique à la piste yiddish pour la souche poitevine.
Un nom de cité avant d'être un nom de campagne, une route du sud vers le nord, une homonymie noble à manier avec prudence : Fradin mériterait une enquête statistique complète. Le dossier en pose les jalons, lieu par lieu.
Sources
- Registres paroissiaux des Deux-Sèvres, relevés et indexés sur Geneanet.
- Filae, fiches des noms Fradin et Fradin de Bellabre.
- Relevés et publications des cercles généalogiques du Poitou (Généalogie et histoire de la Vienne).
- Gallica, Bibliothèque nationale de France : Deux-Sèvres, dictionnaire biographique et album ; Histoire de la ville de Niort depuis son origine jusqu'en 1789.
- Dictionnaire étymologique du patois poitevin, 1867.