Origine du nom Tersol
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Sommaire · 5 parties
Tersol, la farine du troisième passage et l'énigme des Philippines
Le pays du monde où l'on porte le plus le nom Tersol n'est pas la France. Selon les estimations de la base Forebears (2014), 578 des quelque 647 Tersol recensés vivent aux Philippines, soit 89 %, surtout dans la région d'Ilocos ; la France n'en compterait qu'une douzaine. Le fichier des décès de l'INSEE dit pourtant sans hésiter où le nom s'est enraciné chez nous : sur les plateaux granitiques de la Margeride, aux confins de la Haute-Loire et de la Lozère. Entre ces deux géographies, il y a un mot occitan, une charte catalane du IXe siècle et une question que personne n'a encore tranchée.
Terçol, la farine que l'on tirait en dernier de la meule
Le nom vient du latin tertius, « le troisième », par son diminutif tertiolus. C'est la lecture que donne le Dictionnaire des noms de famille du Midi de la France, et toutes les analyses disponibles en dérivent. En occitan, le terçol désignait la « troisième farine » : le gruau grossier recueilli au troisième passage du grain sous la meule, après la fleur et la farine moyenne. Le surnom a pu viser un meunier spécialisé dans cette mouture, ou le paysan qui en faisait son pain quotidien, avant de se figer et de passer aux enfants.
D'autres pistes ont été avancées, du troisième enfant d'une fratrie à l'héritier d'un tiers de bien, sans qu'aucune ne s'impose sur la piste meunière. Le mot a d'ailleurs connu une seconde vie, aristocratique celle-là : en provençal, tersol désignait le mâle du faucon, plus petit d'un tiers que la femelle, le « tiercelet » des fauconniers, comme le relèvent Littré et le CNRTL. Les onomasticiens ne retiennent pas ce sens pour un nom de paysans des hautes terres, mais il dit bien la vigueur de la racine.
Une précaution, enfin : aucun des grands dictionnaires généraux de noms de famille ne consacre de notice propre à Tersol. L'étymologie est solide, elle n'a pas encore reçu d'étude philologique indépendante.
Un lieu-dit trop beau pour être vrai
On lit souvent que le nom viendrait d'un hameau de Haute-Loire appelé Tarsou, déformé en Tersou puis en Tersol. La piste est séduisante, elle ne résiste pas aux archives : le dépouillement des actes anciens de la commune où se trouve ce hameau, dans la base de relevés Geneal43, ne livre aucune mention Tersol, Tressol, Tarsou ni approchante. Le rapprochement reste une spéculation, très probablement sans fondement.
Vingt-six décès, et un plateau pour berceau
Le fichier des personnes décédées de l'INSEE enregistre vingt-six décès Tersol en graphie stricte entre 1970 et 2025. Leur lieu de naissance dessine une carte d'une netteté rare : quinze de ces vingt-six personnes, 58 %, sont nées dans cinq communes du triangle Margeride-Velay, et une seule petite ville de la Margeride lozérienne en totalise huit à elle seule. Les onze autres sont nées dans la diaspora, surtout en Île-de-France et dans la vallée du Rhône. L'âge médian au décès avoisine quatre-vingt-trois ans.
C'est le pays du seigle, du sarrasin et des hameaux de granite, isolés des mois durant par la neige. C'est aussi le Gévaudan, où une bête jamais identifiée terrorisa les gardiens de troupeaux entre 1764 et 1767 : aucun Tersol ne figure parmi les victimes nommément identifiées, mais la famille a vécu ces trois années au milieu des battues. Au XXe siècle, la presse signale des Tersol à Saint-Étienne, à Lyon, à Paris. Aujourd'hui, la base Sirene de l'INSEE ne compte plus que quatre immatriculations sous ce nom (2018), quand la forme Tersou, du Lot et de la Corrèze, en compte dix-sept : la finale en -u l'a emporté en Quercy, la finale en -l est restée propre aux plateaux de la Margeride.
Castellterçol, 898 : la piste catalane
À l'autre bout des Pyrénées, dans la province de Barcelone, une commune porte le même mot dans son nom : Castellterçol. Les actes du monastère de Sant Benet de Bages mentionnent, dès 898, un certain Terçol, en latin Terciolus, déjà défunt, dont le château a gardé le nom. Le village a même fini par l'oublier : ses armoiries montrent un château et trois soleils, parce qu'on a cru entendre tres sols, « trois soleils », là où il fallait lire Terciolus.
Même racine, même diminutif, mais aucun acte ne relie la branche catalane aux Tersol de la Margeride : ce sont deux fruits indépendants du même latin. Et c'est là que naît l'énigme. Derrière les Philippines, où le nom se partage surtout entre Ilocos et les Visayas occidentales, Forebears place l'Argentine (22 porteurs estimés), l'Espagne (17) et les États-Unis (13) : une carte hispanique bien plus qu'occitane. Les Tersol des Philippines, d'Argentine et d'Espagne descendent-ils d'un Catalan embarqué au temps de l'empire espagnol, comme le suggère la carte, ou d'une tout autre souche ? Aucun document ne l'établit à ce jour, et seule une comparaison génétique entre porteurs des trois continents pourrait le dire.
Ce que le Grand Rapport Tersol met au jour
- Les cinq communes de naissance du triangle Margeride-Velay, avec le nombre de décès de chacune, et la petite ville lozérienne qui en fournit près d'un tiers.
- La plus ancienne Tersol formellement documentée, née sous Louis XIV, et les deux paroisses voisines entre lesquelles sa vie s'est jouée.
- Le soldat de vingt-deux ans emporté par la guerre de 1870, et le mariage de 1886 qui rompt pour la première fois le cercle des hameaux.
- La dessinatrice barcelonaise qui porta le nom par sa mère, dont l'affiche de juillet 1936 devint l'emblème de l'école républicaine catalane, et son exil de 1939.
- Le « notaire royal » Tersol de Collioure en 1714, le pensionnaire de 1831, et la famille noble Tressol du Nivernais : ce qui les rattache, ou non, aux paysans de la Margeride.
- Le tableau complet des variantes, de Terssol à Terzol, avec la région de chacune.
Une farine de pauvre, un faucon de seigneur, un château catalan et un archipel du Pacifique : un même mot latin a pris ces quatre visages. Le Grand Rapport démêle ce qui relève de la parenté et ce qui ne relève que de la langue.
Sources
- Fichier des personnes décédées, INSEE (décès enregistrés depuis 1970).
- Extrait patronymique de la base Sirene, INSEE, 2018, publié sur data.gouv.fr.
- Forebears, distribution mondiale du nom (données 2014).
- Geneanet (notice du nom) ; FamilySearch ; base de relevés Geneal43.
- Dictionnaire des noms de famille du Midi de la France ; Dictionnaire de la langue française de Littré et CNRTL (entrée « tiercelet »).
- Viccionari (étymologie de Castellterçol) ; actes du monastère de Sant Benet de Bages.