Origine du nom Trump
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Trump, un tambour palatin et une trompette normande
Il n'y a pas un nom Trump, il y en a deux. L'un est né en Angleterre de l'ancien français, l'autre en Allemagne du moyen haut-allemand ; tous deux désignent un instrument de musique, et ils n'ont pourtant aucun ancêtre commun. La famille de Donald Trump, président des États-Unis, appartient à la branche allemande. Sa mère, Mary Anne MacLeod, était écossaise, d'un clan sans aucun lien avec les Trump d'Angleterre. Deux familles, deux langues, une même orthographe : c'est cette coïncidence qui a rendu le nom si facile à porter en Amérique, et si difficile à démêler pour l'historien.
Pour la démêler, on ne peut pas se contenter de deux lignes d'étymologie : il faut reprendre les rôles médiévaux anglais, les registres paroissiaux du Palatinat, les manifestes de passagers et les décrets du royaume de Bavière. Voici ce que ces pièces établissent.
Une trompette dans le Devon, un tambour dans le Palatinat
La souche anglaise apparaît dans les archives dès le XIIIe siècle. Elle dérive de l'ancien français trompeor ou trompour, passé en Angleterre après la conquête normande de 1066, et désigne le trompettiste ou le fabricant de trompettes. Dès 1275, un Patrick Trumpe figure dans les rôles du comté de Cumberland, et un Adam Trumpur dans ceux de l'Essex la même année. Cette souche est surtout associée au sud-ouest du pays, aux comtés du Devon et du Somerset.
La souche allemande vient d'un tout autre mot. Dans les dialectes du moyen haut-allemand, trumpe ou trumbe signifie « tambour ». Le premier porteur pouvait être un tambour militaire, un crieur public qui battait la caisse pour rassembler la foule, ou, par métaphore, un homme à la voix tonitruante. C'est un nom de métier, de la même famille que Müller, le meunier, ou Schmidt, le forgeron. Une seconde lecture le rattache à Trumpf, « l'atout » des jeux de cartes, issu du latin triumphus, le triomphe. L'ironie est tentante ; elle est moins solide, et les archives paroissiales penchent plutôt pour le tambour.
Le berceau de la branche allemande est Kallstadt, un village viticole du Palatinat, la région de vignes du sud-ouest de l'Allemagne actuelle, qui relevait au XIXe siècle du royaume de Bavière. Les deux souches sont indépendantes : elles ont simplement fini par converger vers la même graphie.
Drumpf, le « vrai nom » qui n'en est pas un
En 2016, la télévision américaine a popularisé l'idée que le « vrai » nom de la famille serait Drumpf. La part de vérité est mince. Le plus lointain ancêtre identifié de la lignée palatine, installé à Kallstadt au début du XVIIe siècle, portait bien le nom de Drumpf. Mais le passage à Trump n'a rien d'un changement de nom décidé au XIXe siècle. Dans le parler palatin, le d et le t initiaux s'échangent volontiers, et les registres du XVIIe siècle font alterner Drumpf, Drumpft et Trumpf.
Quand naît Friedrich, le grand-père du président, en 1869, la forme Trump ou Trumpf est établie depuis deux siècles. Il n'a donc pas changé de nom en arrivant en Amérique : il a seulement anglicisé une orthographe allemande déjà fixée. Dire que Donald Trump s'appellerait « en secret » Drumpf est historiquement inexact, même si l'ancêtre lointain portait ce patronyme.
Brême, 1885 : la ligne 133 du manifeste de l'Eider
La preuve tient sur une ligne d'archive. En 1885, Friedrich a seize ans. Son père, vigneron, est mort en 1877, laissant la famille endettée, dans un Palatinat où le partage égal des terres entre tous les enfants morcelait les vignes jusqu'à les rendre non viables. Jugé trop fragile pour le travail de la vigne, le garçon a fait un apprentissage de barbier. Il embarque à Brême sur le vapeur Eider, à destination de New York.
Sur le manifeste des passagers, à la ligne 133, l'employé inscrit « Friedr. Trumpf », avec le f final et le prénom abrégé à l'allemande. Le jeune homme ne débarque pas à Ellis Island, qui n'ouvrira qu'en 1892, mais au centre d'immigration de Castle Garden. Ce document ruine un mythe tenace : aucun officier d'immigration n'a rebaptisé la famille sur le quai. C'est Friedrich lui-même qui, à l'usage, laissera tomber le f muet et deviendra Frederick.
Les étapes suivantes se lisent dans d'autres pièces : une naturalisation à Seattle en 1892, une demande de passeport en 1904 où il se déclare « hotelkeeper », hôtelier. Entre les deux, il y a eu la ruée vers l'or du Klondike, où il n'a pas cherché d'or.
Février 1905 : pourquoi la Bavière chasse-t-elle un rentier américain ?
Revenu fortune faite, Friedrich se marie au village et s'y installe pour vivre de ses rentes. C'est alors que tombe un document conservé dans les archives de Spire : un décret du ministère d'État du royaume de Bavière, daté de février 1905, qui ordonne au « citoyen américain et rentier Friedrich Trump » de quitter le territoire bavarois sous huit semaines, au plus tard le 1er mai.
Le 1er juillet 1905, Friedrich, sa femme Elisabeth et leur fille repartent définitivement pour l'Amérique. Elisabeth attend un enfant : Fred, le père du futur président, naîtra citoyen américain par le droit du sol. C'est ce décret qui scelle le destin américain de la famille. Reste la question que pose l'archive : qu'avait-on à reprocher à un enfant du pays revenu riche, et pourquoi sa supplique au souverain n'a-t-elle rien changé ?
Ce que le Grand Rapport Trump verse au dossier
- Le nom de l'ancêtre installé à Kallstadt au début du XVIIe siècle, son métier et l'année exacte de son arrivée.
- Le motif juridique du décret bavarois de 1905, et la lettre de Friedrich au prince régent Luitpold, citée dans ses formules les plus saisissantes.
- Les années de Seattle et du Klondike : la tente du « Dead Horse Trail », puis le restaurant-hôtel ouvert à Bennett et à Whitehorse, et son menu d'huîtres, de cygne et de caribou servi aux chercheurs d'or.
- Pourquoi la famille s'est longtemps dite d'origine suédoise, d'une ville au nom presque identique, et quand cette version a été abandonnée.
- Les deux blasons utilisés par Donald Trump, l'un accordé en 1939 à un diplomate américain, l'autre obtenu en 2012 en Écosse, et l'intervention de la cour héraldique écossaise entre les deux.
- Le rebelle du Devon condamné à la déportation aux Antilles en 1685, et l'haplogroupe du chromosome Y identifié chez des descendants masculins de la lignée palatine.
Un tambour, une trompette, un f qui tombe entre Brême et New York : l'histoire du nom Trump se joue sur des lignes d'archives plus que sur des légendes. Le Grand Rapport les suit une à une, du registre paroissial au décret royal.
Sources
- Notices onomastiques : Trump (surname), Wikipedia ; SurnameDB (souche anglaise, rôles de 1275) ; FamilySearch et Ancestry (notices du nom).
- Histoire de la lignée palatine : Trump family et Frederick Trump, Wikipedia ; Findmypast (arbre familial).
- Décret bavarois de 1905 : The Guardian, 21 novembre 2016 ; lettre au prince régent : Harper's Magazine, mars 2017.
- Manifeste de l'Eider et demande de passeport de 1904 : passport-collector.com ; années canadiennes : Maclean's et Juneau Empire.
- Émigration palatine : Musée de l'émigration (Auswanderer Museum) ; German History in Documents and Images.
- Génétique : projet Trump, FamilyTreeDNA.