Origine du nom Dayrose
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Dayrose, le village pyrénéen qu'une préposition a avalé
En 1429, Ayros, petit village du Lavedan posé au bord du gave de Pau, ne compte que dix-neuf feux. C'est pourtant ce lieu minuscule que porte en lui le nom Dayrose, l'un des plus rares de France : Filae le classe au 928 240e rang des noms portés dans le pays, et les estimations ne lui prêtent qu'environ dix-huit porteurs vivants dans le monde, tous en France. Entre le village de montagne et les familles du pays de Dax qui portent aujourd'hui son nom, il y a une préposition, une soudure et plusieurs siècles d'archives.
Le nom se laisse suivre dans les registres gascons, les fonds notariés et les papiers de familles alliées. Voici ce que ces sources établissent, et la question qu'elles laissent ouverte.
« De Ayros » : un lieu devenu nom
Dayrose est un nom de provenance. Il se décompose en de, la préposition qui indique d'où l'on vient, et Ayros, le nom du village. Lors de la fixation des noms de famille, à la fin du Moyen Âge, on a désigné ainsi celui qui venait d'Ayros : d'Ayros, avec l'élision ordinaire devant la voyelle. Un e final s'est ensuite ajouté, et le s gascon s'est écrit -se : on lit d'Ayrose au XVIe siècle. La préposition s'est enfin soudée au nom, un phénomène très fréquent en Gascogne, pour donner Dayrose.
Le village, lui, est bien plus ancien que le nom. Les spécialistes de la toponymie y reconnaissent une formation de l'époque gallo-romaine : le nom de personne latin Arius, fréquent en Novempopulanie, suivi du suffixe -ossum, propre au vieux fonds aquitain, qui désignait un domaine. Ayros est, à l'origine, le « domaine d'Arius ». Les textes en gardent la trace, de Airos dans le Livre vert de Bénac, aux XIIe et XIIIe siècles, à De Airosio dans le pouillé de Tarbes de 1342.
Deux fausses pistes sont à écarter. La première rattache le nom à l'adjectif gascon airòs, « aéré, venteux » : elle confond le suffixe aquitain -ossum, qui marque la possession, avec le suffixe latin -osum, qui marque une qualité. La seconde y voit la racine gasconne ros, « roux » : mais la particule d' ou la forme soudée en Day-, présentes dans les attestations dès le XVIe siècle, montrent que le nom désigne un lieu, non une couleur de cheveux.
Le village des noix, au bord du gave
Ayros, aujourd'hui réuni à Arbouix pour former la commune d'Ayros-Arbouix, se tient à 453 mètres d'altitude, dans l'ancienne Arribèra de Davantaygue. Sa partie basse, bordée par le gave de Pau, est une plaine alluviale cultivable ; sa partie haute annonce déjà la montagne. Le village était connu pour ses noyers, et ses habitants pour leur sobriquet, « Eths halhons d'Airòs », les noix d'Ayros.
Le lieu relevait du pays et de la sénéchaussée de Bigorre, qui appartenait au XVIe siècle au domaine des souverains de Navarre avant son rattachement définitif à la couronne sous Henri IV. C'est à partir de ce pays de montagne que le nom aurait gagné le nord, vers la Gascogne de l'Adour. Cette migration reste toutefois une hypothèse, qu'aucun acte cité ne documente encore.
Rue d'Argoubet, vers 1584 : une Dayrose chez l'un des plus riches marchands landais
Car c'est à Dax, siège de la sénéchaussée des Lannes, que le nom réapparaît dans les sources, et il y apparaît en bonne compagnie. Au XVIe siècle, un « procureur Dayrose » représente les intérêts de l'abbaye Sainte-Marie d'Arthous, dans le pays d'Orthe. Vers 1584, rue d'Argoubet, à Dax, Anne (ou Jeanne, selon les sources) Dayrose épouse Jehan de Baffoigne, né vers 1527 : notaire, banquier, procureur, seigneur de Lalanne, baron d'Auros et de Sabres, et l'un des plus riches marchands landais de son temps. De cette union naît Jean Bertrand de Baffoigne.
Au siècle suivant, les inventaires conservés aux Archives départementales des Landes montrent des Dayrose conseillers du roi et avocats à la cour de la sénéchaussée, alliés à d'autres familles de la robe dacquoise. Un fonds tout entier, intitulé du nom de la famille et couvrant les années 1600 à 1789, est aujourd'hui conservé dans ces mêmes archives. Aucun blason, en revanche, n'a pu être identifié pour le nom : le prestige des Dayrose est celui du droit et des offices, non celui d'armoiries.
Un nom qui change d'orthographe entre deux frères
Rare, le nom n'a jamais été stable. Le Grand Rapport en a répertorié quatorze graphies, qui jouent sur l'alternance ay et ey, se et ze : Dayrose, Deyroze, Dayroze, Deyrose, Dairose. L'hésitation traverse les fratries elles-mêmes. Dans un village landais, deux frères nés en 1891 et en 1894 sont inscrits l'un Deyroze, l'autre Deyrose.
Une autre habitude gasconne brouille encore les pistes : le nom de maison, l'ostau. Dans les registres d'une paroisse landaise, après 1781, on rencontre un « Bernard Depaul dit Dayroze ». Cet homme ne porte pas Dayroze comme nom héréditaire : il le porte parce qu'il habite la métairie qui s'appelle ainsi.
Une homonymie, enfin, fausse bien des recherches en ligne. Le SS Dayrose, cargo britannique torpillé le 14 janvier 1942 au large de Terre-Neuve par le sous-marin U-552, n'a rien à voir avec la famille gasconne : son armateur, la Claymore Shipping Company, baptisait tous ses navires d'un nom en Day-, et « Dayrose » y signifie simplement « rose du jour ».
Une seule famille venue d'Ayros, ou un nom de métairie ?
D'où la question qui traverse tout le dossier. La rareté du nom et sa concentration autour de Dax plaident pour une souche unique : une famille partie d'Ayros, installée dans les Landes, dont descendraient tous les Dayrose. Mais si une métairie pouvait s'appeler Dayroze, et si un homme pouvait en prendre le nom simplement pour y avoir vécu, combien de familles Dayrose sont-elles nées sans jamais avoir vu le gave de Pau ?
Ce que le rapport complet sur le nom Dayrose ouvre aux chercheurs
- La cote exacte du fonds de la famille Dayrose à Dax (1600-1789) et celle du second fonds, constitué par un érudit de Sorde-l'Abbaye, où les papiers du nom ont été conservés.
- Le mariage du 13 janvier 1744 dans une paroisse de Chalosse, la « demoiselle habitante de la ville » qui s'y unit, les membres d'une illustre famille de savants landais qui signent l'acte, et le domaine aux cinq métairies qu'il fait entrer dans l'histoire du nom.
- Les quatre communes des environs de Dax qui concentrent à elles seules 928 actes relevés au nom, et la branche partie en Algérie au XIXe siècle.
- Le sergent du 70e régiment d'infanterie qui, blessé, prit la tête de sa compagnie, et la citation, publiée au Journal officiel en octobre 1918, qui lui valut la Médaille militaire.
- Le testament familial de 1613 signalé par l'armorial des Landes et toujours à localiser, et les familles de la robe dacquoise alliées aux Dayrose au XVIIe siècle.
Un domaine gallo-romain, un village de dix-neuf feux, une préposition soudée, une alliance avec l'un des plus riches marchands landais : Dayrose est un nom minuscule qui a laissé de grandes archives. Le rapport en ouvre les liasses.
Sources
- Archives départementales des Landes : fonds de la famille Dayrose à Dax (1600-1789) ; fonds Robert Martin à Sorde-l'Abbaye.
- FranceArchives (instruments de recherche des archives des Landes).
- Archives départementales des Hautes-Pyrénées (notice communale d'Ayros-Arbouix).
- Bulletin de la Société de Borda, sur Gallica ; Armorial des Landes.
- Travaux de toponymie sur les noms de lieux de la Bigorre (formes anciennes et étymologie d'Ayros).
- Geneanet ; Filae ; Forebears ; Journal officiel de la République française (1918).