Origine du nom De Burtel De Chassey
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De Burtel de Chassey : un tamis de meunier sur l'écu d'une famille de robe
Sur les armes de la famille, telles que les décrivent les armoriaux de Franche-Comté, on voit un champ d'azur, deux fasces d'or et trois minces bandes d'argent appelées « buretels ». Ce n'est pas un ornement choisi au hasard : c'est le nom de la famille, dessiné. Et ce nom, avant de briller sur un écu de magistrat, désignait un objet bien plus humble, le tamis à travers lequel le meunier séparait la farine du son. Entre ce tamis et un siège au Parlement de Besançon, il y a toute l'histoire de de Burtel de Chassey.
Burtel ou Buretel : une syllabe perdue, un même nom
La forme la plus courante dans les sources est « de Buretel de Chassey ». La graphie Burtel n'est pourtant ni une erreur ni une invention récente. Les archives connaissent les formes Buretel, Burtel, Burtey ou Beurtel, et le répertoire des savants du Comité des travaux historiques et scientifiques enregistre un membre de la famille, au XIXe siècle, sous son nom complet de Buretel de Chassey avec les alias « Burthel » et « Burtel ».
Une prudence s'impose cependant. Le nom Burtel existe aussi seul, comme nom roturier, surtout dans la Marne et la Meuse. Ces Burtel partagent avec la famille comtoise une racine et une grande région, le quart nord-est de la France ; ils ne partagent pas pour autant son histoire, et l'homonymie ne vaut pas parenté.
Le buretel, ou la farine blanche du XIIIe siècle
Le mot vient de l'ancien français et des parlers d'oïl du Nord-Est. Sa racine est la bure, cette étoffe de laine grossière, brune ou rousse, des habits de travail et des robes de moine. Mais le buretel, ou buletel, ne désignait pas un vêtement : c'était le bluteau, le blutoir, ce tamis de bure tendue qui, au moulin, séparait la farine du son. Un texte du XIIIe siècle, la Bible de Guiot de Provins, le montre à l'ouvrage : « Et ressemblent le buretel… Qui giéte la blanche farine ».
Le premier porteur du nom fut donc vraisemblablement un homme du moulin ou du pétrin : meunier ou boulanger qui maniait le tamis, artisan qui le fabriquait, ou marchand de la bure dont on le tendait. Aucune source ne le nomme ; mais le sens du mot place la famille, à son origine, dans la grande catégorie des noms de métier, aux côtés des Meunier et des Boulanger, avec une précision technique en plus.
La seconde moitié du nom est d'une autre nature. Chassey est un nom de lieu gallo-romain, formé sur le nom latin Cassius et le suffixe -acum : « le domaine de Cassius ». Plusieurs localités françaises le portent. Pour cette famille, il s'agit d'une seigneurie de Franche-Comté, probablement en Haute-Saône, dont le nom s'est ajouté au patronyme, puis soudé à lui au point de survivre à l'abolition des droits féodaux.
Du tamis au Parlement de Besançon
La famille appartient à la noblesse de Franche-Comté, que décrivent les armoriaux de la province et l'Armorial général de d'Hozier. Son histoire se déroule dans une province disputée : terre du Saint-Empire passée sous la couronne d'Espagne, la Franche-Comté ne devient française qu'en 1678, au traité de Nimègue, après la conquête de Louis XIV.
Entrer dans le second ordre, c'est gagner l'exemption de la taille, le droit de porter l'épée et des armoiries timbrées. Mais le terrain de la famille, sous l'Ancien Régime, est la robe plus que l'épée. Son moteur est le Parlement, que Louis XIV a transféré de Dole à Besançon et qui juge en dernier ressort pour toute la province. Y siéger supposait une solide formation juridique et l'achat d'une charge au prix souvent très élevé, qui tendait à se transmettre de père en fils. Au XVIIIe siècle, un Buretel, seigneur de Chassey, y siège comme « conseiller en la Cour de Besançon ». Les armes parlantes prennent alors tout leur sens : le buretel du meunier, devenu en langage héraldique une fasce étroite, dit sur l'écu d'où vient le nom, sans jamais le cacher.
Besançon, 1791 : le vicaire général et les ursulines
À la veille de la Révolution, la famille tient aussi sa place dans l'Église, où se casent volontiers les cadets des familles parlementaires. En 1791, un document de Besançon met en cause un « M. Buretel de Chassey, vicaire général », en conflit ouvert avec la municipalité révolutionnaire. On l'accuse d'avoir « engagé les ursulines » et d'autres religieuses dans la résistance aux nouvelles lois ecclésiastiques, très probablement la Constitution civile du clergé. La scène dit beaucoup d'un milieu : un prêtre de haut rang, d'une famille de robe, qui se dresse en 1791 contre la ville.
La Révolution abolit les charges qui avaient fait la fortune de la famille. Elle ne la fait pas disparaître. Au XIXe siècle, les Buretel de Chassey réapparaissent dans l'administration et la propriété ; au XXe, ils passent de la robe à l'épée, et le nom paie à la Grande Guerre un lourd tribut. Comment une lignée de juristes devient-elle une lignée d'officiers ?
Ce que le dossier de Burtel de Chassey retrace
- Le conseiller au Parlement qui signe en 1769 un contrat de mariage, et le nom de son épouse.
- Le percepteur de 1830 enregistré sous les alias Burthel et Burtel, et la commune, hors de Haute-Saône, où il exerce.
- L'alliance du XIXe siècle avec une maison de noblesse d'extraction chevaleresque, plus ancienne que celle des Buretel.
- Les officiers du nom tombés pendant la Grande Guerre, avec leurs grades et l'année de leur mort, et le capitaine mort en Indochine au début de la guerre.
- Le jeune officier de l'armée de l'air qui quitte la France le 19 juin 1940 pour rejoindre la France libre, et le témoignage qu'il a laissé aux archives militaires.
- Le second blason connu de la famille, avec ses besants et ses jumelles, et ce qu'il peut dire de ses charges.
Un tamis de bure, un domaine gallo-romain, un siège au Parlement : le nom de Burtel de Chassey garde en lui chacune de ces étapes. Le dossier complet les suit une à une, du moulin à l'écu.
Sources
- Armorial général de France (d'Hozier) et armoriaux de Franche-Comté.
- Comité des travaux historiques et scientifiques, annuaire prosopographique « La France savante » (cths.fr).
- Service historique de la Défense ; base Mémoire des Hommes, ministère des Armées.
- Presse ancienne numérisée (Le Temps, Le Figaro, L'Action française) et fonds de la bibliothèque Geneanet.
- Geneanet et Filae : relevés, arbres et répartition des noms Buretel, Burtel et Chassey.
- Dictionnaire de la langue française de Littré (article « bluter ») et dictionnaires étymologiques de l'ancien français.